« Nous devons promouvoir une vision forte et transversale aux champs sanitaire et médico-social de l’accessibilité en santé »

 Le point de vue de François Fillon, candidat à l’élection présidentielle de 2017, sur la santé et la solidarité de demain.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Boudin Lestienne, Directeur adjoint de la communication et des relations institutionnelles

Magali Tremenbert, Chargée d’affaires publiques

 

Je souhaitais, tout d’abord, saluer la très grande qualité et la densité du travail de propositions porté par la FEHAP dans le cadre de la plateforme de propositions La Santé et la Solidarité de demain 2017-2022. J’aurai à cœur, au cours du quinquennat à venir, de nourrir un dialogue soutenu et ouvert avec la FEHAP.

Question 1 : Le secteur hospitalier privé non lucratif souffre d’un manque de visibilité, entre le secteur public hospitalier omniprésent dans les politiques du ministère de la Santé, et le secteur privé de statut commercial. Ne pensez-vous pas que la souplesse de la gestion privée et le désintéressement de la gestion hospitalière privée non lucrative ont pourtant un réel avenir, à l’image de la situation dans les pays anglo-saxons et du Nord de l’Europe ?

J’en suis profondément convaincu ! Cette approche n’est pas nouvelle pour moi et c’est un axe fort du projet que je porte comme j’ai eu l’occasion de l’exprimer à de nombreuses reprises. Ce modèle est source d’efficacité et de souplesse de fonctionnement pour les établissements de santé tout en autorisant, le cas échéant, leur pleine inscription au sein du service public hospitalier. Je formule donc – et je constate que la FEHAP situe également ses propositions dans cet esprit – une proposition consistant à faire évoluer progressivement les règles de gestion applicables aux établissements publics de santé pour leur donner plus d’autonomie. Je constate d’ailleurs que la Fédération hospitalière de France, qui représente les hôpitaux publics, porte un axe de recommandation du même ordre. Cette convergence des différents acteurs constitue un vrai atout un terme d’aide à la conduite du changement.  J’ajoute que le modèle porté par la FEHAP n’a pas seulement du sens en terme d’efficacité de gestion, il porte aussi un certain nombre de valeurs en terme de solidarité et d’humanité auxquelles j’adhère profondément.

 

ACCESSIBILITE

Question 2 : 15 millions de Français ont des difficultés à accéder à un médecin généraliste. Parmi eux, 3 millions de personnes vivent dans un désert médical. Comment remédier enfin aux inégalités géographiques d’accès aux soins ? L’accélération de la création des maisons et centres de santé et la revalorisation de la médecine de proximité sont des premières pistes, mais ne faut-il pas contraindre ou encourager davantage les médecins jeunes diplômés à s’installer dans une zone sous-médicalisée à l’instar d’autres professions de santé ?

Pour répondre à ce défi de l’accessibilité des soins pour les Français, je propose un choix clair : je veux donner la priorité à la médecine de proximité et faire confiance à celles et ceux qui font le choix de l’exercice en libéral. Ce choix de principe se concrétisera par un train de mesures d’urgence de lutte contre les déserts médicaux que j’appliquerai dès le début du quinquennat.  

            Nous améliorerons le maillage médical du territoire en développant maisons médicales et structures de petites urgences. Afin de renforcer l’accessibilité des soins sur l’ensemble du territoire, nous franchirons un saut quantitatif et qualitatif dans la logique de soutien à l’installation dans les zones sous dotées. Nous donnerons également une incitation plus forte à la réalisation de stages de formation en zones sous-denses en agissant à la fois auprès des maîtres de stage et sur la rémunération des futurs médecins qui effectuent leur stage dans ces zones et peuvent ainsi mieux découvrir des territoires dans lesquels ils souhaiteront s’installer. Je crois, par ailleurs, qu’une nouvelle étape doit être franchie pour inciter aux partages de compétences entre professionnels de santé. Je n’oublie pas non plus l’accessibilité des soins Outre-Mer : je mets sur la table, comme vous le savez, des propositions fortes et concrètes pour faire de la santé Outre-Mer une priorité du quinquennat à venir.

 

Question 3 : Le nombre de personnes qui renoncent à des soins dentaires est en augmentation (+ 5 % depuis 2008). Quelles solutions imagineriez-vous pour qu’enfin, les Français les plus défavorisés ne soient plus de facto écartés du système de santé et de solidarité ? Défendriez-vous la création d’un bouclier sanitaire, c’est-à-dire un montant de dépenses maximum (hors dépassements d’honoraires) calculé en fonction des revenus ou équivalent (pour la prise en compte du patrimoine) ?

Je propose 4 axes de réforme pour mieux protéger les Français et clarifier le financement des dépenses de santé. Les solutions que je propose associent la Sécurité sociale et les complémentaires car je ne crois pas aux solutions simplistes qui consisteraient à tout donner à la Sécurité sociale en tirant un trait sur plus de deux siècles d’histoire sociale de notre pays :

1/ L’assurance maladie remboursera la totalité du coût des lunettes pour les enfants ;

2/ D’ici à 2022, nous rembourserons intégralement les dépenses de santé les plus coûteuses pour les ménages, -l’optique pour les adultes, les prothèses dentaires, les audioprothèses et les dépassements d’honoraires-, grâce à un nouveau partenariat entre la sécurité sociale et les organismes complémentaires ;

3/ Je créerai une « Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé » pour veiller à l’amélioration de la prise en charge des dépenses de santé, au meilleur coût pour les assurés ;

4/ Je faciliterai l’accès des seniors à une assurance complémentaire de qualité en améliorant l’aide à l’acquisition d’une couverture santé (ACS) pour les personnes âgées.

Question 4 : Les accompagnements sociaux et médico-sociaux des publics fragiles (personnes vieillissantes, en milieu carcéral, à la rue, personnes en situation de handicap) sont très souvent inadaptés, que préconisez-vous pour renforcer l’accessibilité aux soins de ces personnes en grande fragilité et quelles sont notamment vos propositions pour leur garantir une offre d’hébergement d’urgence dans un premier temps et pérenne à terme ?

Je partage votre approche d’une priorité à donner pour l’accès aux soins et à l’accompagnement social des personnes en situation de précarité. J’ai eu, là aussi, l’occasion de m’exprimer à de nombreuses reprises à ce sujet : nous devons tout à la fois renforcer et diversifier nos modes de réponses sociales et médico-sociales en direction des publics fragiles. Je serai également attentif aux propositions formulées pour adapter la prise en charge des personnes en milieu carcéral. Mon programme comprend une grande loi de programmation pluriannuelle sur la grande pauvreté. Je garantirai des financements pérennes, stables et plus importants aux acteurs qui interviennent sur ce secteur. Mais je veux redire aussi qu’à mes yeux la première cause de la précarité, c'est le chômage, et c’est la raison pour laquelle j'ai un programme économique qui est un programme radical et que je mettrai en œuvre pour ramener la France sur le chemin de la croissance et de l’emploi.

Question 5 : Quelles sont selon vous les mesures prioritaires pour favoriser le décloisonnement et la coordination pour un parcours centré sur les besoins et le projet de la personne ?

Ici encore, les propositions portées par la FEHAP dans sa plateforme sont fortes et pertinentes. Le retard d’adaptation de notre système de santé au défi du vieillissement est symptomatique d’une approche encore beaucoup trop cloisonnée entre le secteur sanitaire et médico-social. Sur cette question majeure pour l’avenir de notre pays, je voudrais faire une remarque préalable : le passage de l’âge légal de la retraite à 65 ans est un moyen de nous redonner des marges de manœuvre financière, et donc à terme de pouvoir trouver les financements publics pour le risque lié à la dépendance. Nos déficits nous enlèvent toute possibilité de mieux couvrir certains risques !

Il faut encourager le développement des formes innovantes de financement de la perte d’autonomie (création d’un label pour les contrats d’assurance dépendance assorti d’une incitation fiscale pour encourager le développement de l'assurance sur la base du volontariat ; développer les fonds viagers mutualisés qui seraient chargés de sélectionner, investir et gérer les biens mis en viager). Je veux créer un « bouclier dépendance » pour les séjours dépassant 2 ans en EHPAD à travers une nouvelle aide pour limiter l'impact sur l'épargne des personnes dépendantes et de leur famille. Le maintien à domicile est une exigence forte ; il faut donc développer les soins à domicile, favoriser les aides de voisinage, les actions intergénérationnelles au sein des familles. Nous devons aussi soulager les aidants et avancer résolument sur la consolidation de leur statut.

Cette dichotomie excessive entre sanitaire et médico-social est aussi devenue très péjorative sur des sujets pourtant essentiels comme l’accès aux soins et la prise en charge des personnes handicapées. J’ai formulé de nombreuses propositions précises concernant plus particulièrement la politique du handicap. Mais nous devons également promouvoir une vision forte et transversale aux champs sanitaire et médico-social de l’accessibilité en santé.

Fillon A

PREVENTION ET NUMERIQUE

Question 6 : La France est en retard dans l’importance accordée à la prévention. Quelles dispositions comptez-vous prendre pour renforcer la prévention pour tous les Français et en particulier les plus vulnérables ?

Préparer avec résolution notre système de santé aux défis de demain implique de mobiliser des moyens significatifs en faveur d’une véritable éducation à la santé, celle-ci ne devant plus être réduite à la portion congrue au sein de notre système de santé.

Je propose trois premiers axes opérationnels pour réussir cette « révolution de la prévention ». En premier lieu, je lancerai un grand Plan Santé à l’Ecole. En second lieu, l’assurance maladie prendra en charge une consultation de prévention tous les deux ans pour tous les Français. En outre, je propose d’utiliser à plein le levier de l’innovation pour améliorer l’efficacité des politiques de prévention.

 

Question 7 : La révolution numérique va bouleverser la vie des professionnels de santé et l’expérience des usagers. Télécommunications, objets connectés, Big Data… Tout cela pourrait améliorer considérablement les capacités de prévention, de diagnostic et de suivi des maladies. Quels sont les investissements prioritaires en matière de numérique que vous comptez mettre en œuvre dans le système de santé et de solidarité ?

Nous aurons aussi effectivement à répondre présents pour relever le défi de la révolution numérique qui concerne notre société dans son ensemble et qui touche aussi massivement notre système de santé. Je souhaite que les activités de télémédecine et téléconsultation puissent être dotées d’un mode de financement stable. Cette évolution doit constituer une deuxième étape majeure après la clarification du régime juridique de ces activités en 2009-2010. Pour faire émerger et diffuser l’innovation en santé implique l’élaboration et la conduite d’une stratégie résolue de réenclenchement de l’effort d’investissement public et privé dans le domaine de la santé, je veux, à cet égard, fixer l’objectif de mobiliser une fraction du programme d’investissements d’avenir plus en rapport ce que représente le secteur de la Santé dans notre produit intérieur brut (PIB).

 

GOUVERNANCE ET FINANCEMENT

Question 8 : Le financement du système de santé est un sujet prépondérant des débats publics. Quelle(s) solution(s) préconisez-vous pour assurer, pérennité et qualité de la pris en charge ?

Pour parvenir à sauver notre système de santé, notre premier devoir est, d’abord, de dire la vérité aux Français. De ce point de vue, le discours du Gouvernement se félicitant à chaque occasion du « retour à l’équilibre de la Sécurité sociale » est affligeant. Cette mystification est le produit de présentations comptables en trompe l’œil mais également d’artifices de gestion de court terme. La Cour des comptes vient d’en apporter la démonstration cinglante dans son dernier rapport public. Avec les effets induits de renforcement de la bureaucratisation du système, c’est une autre raison majeure pour laquelle je mettrai fin au tiers-payant prétendument généralisé et obligatoire, qui donne la dangereuse illusion que la santé est gratuite, et qui génère une inflation non justifiée du volume d’actes médicaux et qui en augmentant la charge administrative diminue le temps médical disponible.

Les orientations que je propose pour parvenir à ce redressement effectif sont claires. Je mettrai en place une « règle d’or » imposant l’équilibre des comptes de l’assurance-maladie afin de sauver son universalité et les niveaux de remboursement qu’elle apporte. Cette stratégie de retour à l’équilibre réel de l’assurance-maladie s’accompagnera de gains de pouvoir d’achat pour les professionnels qui s’engagent au service de nos concitoyens.

Nous suivrons une logique de redéploiement d’une partie des gains d’efficience pour soutenir l’amélioration de la qualité du système pour les patients et la progression du pouvoir d’achat des professionnels qui sera aussi à l’œuvre s’agissant des réductions de postes de fonctionnaires dans l’administration de la Santé. Ici encore, mon programme a été caricaturé de manière outrancière et je voudrais clarifier les choses avec force : il n’y aura pas de réduction des effectifs médicaux et soignants auprès des malades !

 

Je fais donc, pour l’avenir de notre système de santé, un choix d’exigence de crédibilité en proposant aux Français une stratégie de retour à l’équilibre de l’assurance-maladie qui s’appuiera sur   20 Milliards d’euros de gains d’efficience structurels d’ici 2022. C’est un objectif largement atteignable qui nécessite un objectif national de maitrise des dépenses de l’assurance maladie (ONDAM) légèrement inférieur à 2 %, conforme aux résultats obtenus ces dernières années.

Question 9 : La gouvernance du système de santé est aujourd’hui assurée par un Etat chargé à la fois de financer, de réguler et d’être le chef-opérateur du seul secteur public. Que pensez-vous de cette confusion des rôles ? Soutiendriez-vous la création d’une Agence Nationale de Santé, chargée de décloisonner et de piloter de manière globale et unifiée le système ?

Nous engagerons une démarche déterminée de réduction de la bureaucratie de la santé en procédant à un recentrage significatif du rôle de l’Etat pour redonner dans le même temps des marges d’initiative aux acteurs de terrain. Cette simplification du paysage de l’administration de la santé conduira à rassembler les structures existantes aujourd’hui dispersées dans une Agence Nationale de Santé (ANS). Cette agence devra associer les professionnels de santé du secteur libéral et du secteur hospitalier au sein de son conseil d’administration qui aura un rôle décisionnel.

 

Question 10 : Comment entendez-vous organiser le pôle santé-social de votre Gouvernement si vous êtes élu ? La santé sera-t-elle toujours reliée aux affaires sociales ? Le secteur sanitaire, social et médico-social resteront-ils dans une même responsabilité ministérielle, pour favoriser le décloisonnement ?

Effectivement, j’ai pris l’engagement de constituer un Gouvernement efficace et resserré, structuré autour de grands pôles thématiques. Il est clair que, pour donner plus de cohérence à l’action que nous engagerons pour privilégier une approche plus transversale des parcours de prise en charge des personnes, ces différents secteurs devront relever du même pôle ministériel.