« Le virage de la prévention est à prendre dès aujourd’hui »

« Le virage de la prévention est à prendre dès aujourd’hui »

1. Emmanuel Macron déclarait dans une interview accordée à notre revue Perspectives sanitaires et sociales dans le numéro de mars 2017 consacrée à l’élection présidentielle qu’il fallait conduire la révolution de la prévention. Comment procéder? Est-ce un objectif qui vous semble atteignable pour le quinquennat ?

Le virage de la prévention est en tout cas à prendre dès aujourd’hui car la France est très en retard. Il suppose bien sûr une meilleure information des patients, mais aussi des changements. Certains peuvent être lancés dès maintenant. C’est ce que nous faisons avec le service sanitaire, qui sera généralisé dès la rentrée 2018 et permettra à 47 000 étudiants en santé de promouvoir de meilleures pratiques auprès de leurs concitoyens. D’autres mesures nécessitent que nous consultions en amont ceux qui en seront les acteurs. Je pense ici à la transformation de notre système de santé, qui incitera les professionnels à placer la prévention au cœur de l’accompagnement des patients – y compris parce qu’elle fera partie des actes tarifés. L’engagement de tous les acteurs qui porteront la prévention est une nécessité absolue, mais les changements culturels sont aussi déterminants.

 

2. La stratégie nationale de santé, adoptée en fin d’année, met en avant plusieurs axes, notamment celui pour une politique de promotion de la santé incluant la prévention, dans tous les milieux et tout au long de la vie. Quels facteurs de réussite identifiez-vous pour parvenir à cet objectif ambitieux ?
Il n’y aura pas de meilleure prévention si nous ne permettons pas aux Français d’être mieux informés sur les comportements favorables à une bonne santé. Ce sont les 1 000 premiers jours qui sont les plus déterminants pour intégrer les bonnes pratiques. Il nous faut travailler systématiquement avec les structures éducatives.
Par ailleurs, la prévention suppose de prendre en compte une grande diversité des enjeux aux différents âges de la vie : addictions, santé sexuelle, alimentation, perte d’autonomie…Cet objectif dépasse le seul champ de mon ministère, ou plutôt, il imprègne les autres : prévention et promotion de la santé doivent être des préoccupations de tous les milieux de vie, y compris au travail, dans les entreprises, à l’école... J’ai par exemple demandé, avec la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, une mission d’évaluation de la santé au travail pour prendre les mesures qui s’imposent à ce sujet. Mon objectif, c’est de donner à chacun les moyens de prendre ses responsabilités – y compris pour mettre fin à certaines pratiques. Le soutien des démarches d’accompagnement à l’arrêt me semble à ce titre essentiel, et doit s’ancrer dans des parcours de santé individuels, adaptés et accessibles.

 

3. Dans le cadre de l’élaboration de cette stratégie, vous avez lancé une large concertation auprès des professionnels, des associations et des usagers. Quels enseignements en avez-vous tiré ? Est-ce que la prévention est au cœur de leurs préoccupations et de leurs pratiques ?
Cette consultation a montré la forte adhésion des Français, à la fois à la stratégie et au processus de consultation en lui-même. Près de 5 000 personnes ont participé. Parmi elles, 61% se disent favorables à la mise en place d’une politique de prévention et de promotion de la santé, « dans tous les milieux et tout au long de la vie ». Pour la moitié des répondants, la politique de prévention doit être un objectif du gouvernement. Cela témoigne d’un attachement à un pilotage par l’Etat et à ce que cette ambition se traduise par des mesures concrètes.

 

4. Comment comptez-vous procéder pour inciter les structures et leurs professionnels à faire davantage de prévention auprès des publics qu’ils accueillent ?
Pour que le virage de la prévention soit pris, intégré et défendu, il faut que tous les professionnels de santé soient convaincus de sa pertinence et armés des bons outils. C’est pour cela que l’extension de l’obligation vaccinale a été accompagnée de la production de documents destinés spécifiquement aux professionnels de santé. Leur formation est également essentielle. Ce sont dès les premières années que les futurs médecins ou infirmiers doivent être sensibilisés aux enjeux de la prévention et à ses exigences. C’est là tout l’intérêt du service sanitaire, qui permettra de faire des étudiants des ambassadeurs de la prévention sur tout le territoire. Plus ils auront conscience tôt de l’importance de la prévention, plus ils la placeront au cœur de leur relation avec le patient.
Progressivement, nous allons installer un mouvement en faveur de la prévention dont je suis convaincue que les établissements ne voudront pas rester spectateurs. Nous leur offrirons des outils pédagogiques adaptés qui leur permettront d’être des acteurs engagés et efficaces. Je sais que je peux compter sur eux.

 

(extrait du PSS n°257)