Addictions et handicap psychique

Nous vivons dans une société addictogène, une société de l’immédiateté, de l’instantané, une société de la vitesse, du tout, tout de suite, qui entraîne les plus vulnérables dans la spirale de l’addiction. Les personnes en situation de handicap psychique ont longtemps été laissées seules face à cette problématique, rares sont encore aujourd’hui les Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie qui prennent en charge ces publics et qui ont développé des savoir-faire pour les aider.

Souvent, la question se pose entre la prédominance de la problématique psychique et celle de la problématique addictive. Comme dans une sorte de fatalisme cumulatif, l’addiction semble autorisée, relevant du moindre mal ou bien encore l’addiction semble ignorée, non évaluée. Le soin adapté à ces publics doit faire l’objet d’une véritable réflexion et d’une démarche adaptée que beaucoup de Centres de Soins doivent encore régler.

 

Prévention et addiction

Les personnes en situation de handicap psychique ou toute autre forme de handicap ne doivent pas non plus être oubliées des actions de prévention. Dans ce contexte aussi, il ne faut pas confondre l’information préventive et la prévention. L’information préventive n’est qu’une partie de la démarche de prévention qui, elle, consiste à mobiliser de manière interactive les personnes en sollicitant les ressources mobilisables de chacune. La prévention nécessite des personnels formés, des outils adaptés, permettant de mettre la personne en connaissance d’éléments, de l’outiller en compétences minimales, afin de faciliter ses positionnements.

La SEDAP à Dijon, association d’intérêt général, qui lutte depuis 40 ans contre les phénomènes d’addictions, expérimente, développe, modélise, des méthodes, des outils, des actions afin de lutter contre les addictions.

Certains professionnels de la SEDAP, ayant la double spécificité des addictions et du handicap avec le soutien de l’Institut universitaire de technologie (IUT) de communication de l’université de Bourgogne ont mis au point un outil « Stop aux Addictions » à destination des personnes déficientes intellectuelles. L’outil a été testé auprès d’un public jeune âgé de 13 à 18 ans et déficient intellectuel accueilli en institut médico-éducatif (IME). Sous forme de plateaux et de cartes à jouer, le jeu a pour objectif de mieux faire connaitre les bons comportements et les risques face à l’alcool, le tabac, le cannabis, les jeux d’argent et de hasard et les autres drogues. Un animateur veille à l’expression de chacun des joueurs, apporte des informations complémentaires sur les addictions et gère le temps. Une formation à l’utilisation de ce jeu est nécessaire au préalable. Il permet à une équipe éducative et pluridisciplinaire de mettre en place une action de prévention mobilisante.

Les résultats observés montrent une libération de l’expression, offrent le repérage du bon comportement, positionnent la règle et évitent la banalisation. Le comportement addictif est pris en compte, il s’agit, là aussi, d’utiliser le savoir expérientiel des usagers.

 

Par Emmanuel  BENOIT Directeur Général de la Société d’Entraide et d’Action Psychologique (SEDAP) - Dijon (extrait du PSS n°257)