La meilleure prévention est celle qui va prolonger l'espérance de vie

 1. Agnès Buzyn a dévoilé sa stratégie nationale de santé, dans laquelle la prévention représente un axe fort. Comment la Mutualité Française, en tant qu’assureur de santé et offreur de soins, s’empare de ce sujet ?

La prévention fait partie de l’ADN de la Mutualité Française depuis toujours, bien avant la stratégie nationale de santé 2018-2022. Nous sommes ravis que la Ministre de la Santé et le gouvernement souhaitent remettre la prévention au cœur des politiques de santé. Ce consensus nous convient bien. Toutefois, nous resterons attentifs à leur concrétisation.

La prévention fait partie de l’ADN de la Mutualité Française depuis toujours

 

 

La prévention est une mission que les mutuelles confient à la Mutualité Française. Elle est une des raisons d’exister du mouvement mutualiste dans sa forme fédérale. Notre organisation territoriale s’appuie sur des unions régionales qui déclinent des programmes de prévention sur les territoires, grâce à l’action de collaborateurs spécialistes de l’ingénierie de ces programmes. Ils travaillent en lien étroit avec les Agences régionales de santé (ARS) et nos partenaires : mouvements associatifs, centres sociaux-culturels, centres communaux d’action sociale (CCAS), caisses de sécurité sociale… En 2017, nous avons développé près de 7500 actions de prévention sur l’ensemble du territoire.

 En 2017, nous avons développé près de 7500 actions de prévention sur l’ensemble du territoire.

 

 

La prévention en Mutualité concerne aussi les établissements que nous gérons. Nous sommes présents sur toute la chaine, du sanitaire au médico-social, dans les centres de santé, les centres dentaires, les pharmacies et jusqu’au domicile des patients (via notamment, l’hospitalisation à domicile).

Par ailleurs, l’assurance santé devient de plus en plus collective à travers les contrats d’entreprise, et nous développons de fait nos relations avec les employeurs, les ressources humaines, les partenaires sociaux. Le travail sur les garanties de ces contrats collectifs concerne beaucoup la prévention, sur les sujets de santé au travail mais aussi sur toutes les questions qui touchent à la transition démographique, aux aidants et à leur conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Ce sont des problématiques qui nous mobilisent fortement.


2. Comment renforcer la prévention pour tous, y compris les plus vulnérables ?

Nous développons l’accès aux droits et aux soins pour tous, et travaillons en ce sens avec différentes associations, comme le Secours populaire ou ATD Quart Monde. Sur certains territoires, nos centres de santé sont souvent une des rares réponses. Dans l’ensemble de notre offre de soins, y compris dans nos centres de santé, nous sommes attachés à pratiquer les tarifs opposables sans dépassement d’honoraires pour en garantir l’accessibilité au plus grand nombre.

À travers nos programmes de prévention, nous touchons toutes les populations. Notre présence sur le territoire est très large. La perte d’autonomie liée au vieillissement devient une de nos priorités, et représente près de 40% de nos actions de prévention. C’est un public parmi les plus vulnérables qui présente des enjeux de prévention sévères, non seulement autour de l’autonomie mais aussi des poly pathologies. Les conférences des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie des personnes âgées, mises en place par la loi d’adaptation de la société au vieillissement, sont des lieux de décloisonnement des politiques de prévention.

 

3. Faire plus de prévention représenterait des économies importantes pour notre système de protection sociale. Est-ce avéré ?

La question « qu’est-ce que rapporte la prévention » est un sujet complexe. Nous sommes bien sûr convaincus qu’il est utile de faire de la prévention. Mais pour nous, le premier bénéfice, c’est d’abord celui de la qualité de vie. Ce que tout un chacun attend d’un système de santé, c’est d’éviter d’être malade. Notre responsabilité vis-à-vis de nos adhérents, ce n’est pas seulement de bien les rembourser, ou de bien les soigner lorsqu’ils viennent dans nos structures de soins, mais c’est aussi de faire en sorte de les accompagner pour préserver leur santé et leur autonomie le plus longtemps possible.

J’écarte une approche comptable de la prévention qui me semble trop réductrice. Il ne s’agit pas simplement d’une question d’intérêt économique. Il est évident que l’éducation à la santé peut avoir un bénéfice pour celle-ci, que l’on doit pouvoir mesurer et chiffrer, même si ce n’est pas aisé. Mais il est important de sortir du discours « prouvons les économies d’une démarche préventive » avant de mettre en place des programmes de prévention. Tout d’abord, la prévention est d’autant plus utile qu’elle s’adresse à des publics éloignés de ces messages. Toutes les études montrent que plus le niveau socio-culturel est élevé, plus il y a une maturité pour comprendre et appliquer les messages de prévention. Ce qui nous importe, à la Mutualité Française, c’est de faire de la prévention pour tout le monde, y compris pour les victimes des inégalités sociales de santé.

De plus, la meilleure prévention est celle qui va prolonger l’espérance de vie. Or, les dépenses de santé explosent à partir de 70 ans. Plus nous ferons de la prévention, plus l’espérance de vie s’allonge, et plus, pour donner un exemple, les dépenses de santé liées aux poly pathologies risquent d’augmenter. Est-ce un problème ? Devons-nous pour autant arrêter de faire de la prévention sous prétexte que cela ne rapporte rien ? Evitons une approche trop comptable et voire cynique. Il faut faire de la prévention parce que c’est ce que nous demandent nos adhérents, ce pourquoi nous militons pour notre système de santé.

 

4. La FEHAP a porté des propositions dans le cadre de la stratégie nationale de santé dont plusieurs suggèrent la mise en place d’un sous-ONDAM intitulé « Prévention et programmes d’investissement en santé publique ». Qu’en pensez-vous ?

Nous partageons avec la FEHAP l’idée de rendre plus lisibles les dépenses de prévention. Il faut que notre système de santé progresse sur la visibilité des dépenses réelles de prévention. La Mutualité Française et la FEHAP sont en train de poser le cadre d’un renforcement de leur travail en commun, il est important que nous travaillions ensemble autour de la prévention.

 

5. On parle beaucoup et on fait beaucoup de prévention depuis longtemps, pour vous est-ce qu’il y a une nouvelle impulsion qui se lance ?

Ce gouvernement est là depuis peu de temps, l’heure du bilan n’est pas encore venue. Cependant, il y a eu des mesures plutôt courageuses, qui bien que n’étant pas toujours extrêmement populaires, vont dans le bon sens. Je pense par exemple à l’extension de la couverture vaccinale.

Dans notre société où les croyances, les non-dits, ce qu’on lit sur les réseaux sociaux remplacent souvent la connaissance, il est important de garder en tête que la vaccination est le premier instrument de prévention, un instrument pour éviter d’être malade. Pourtant, elle fait débat. Cette mesure, est avant tout solidaire : en se vaccinant, ce n’est pas seulement soi-même qu’on protège, mais aussi les publics les plus vulnérables, les personnes âgées, les nouveau-nés, les malades dans les hôpitaux[1] . De la même manière, l’augmentation du prix du tabac est une bonne mesure que nous soutenons. La ministre a incontestablement envoyé un certain nombre de signaux de prévention.

Pour traduire les priorités énoncées par la stratégie nationale de santé, il est important de mieux coordonner les actions de prévention

 

 

Nous pensons que pour traduire les priorités énoncées par la stratégie nationale de santé, il est important de mieux coordonner les actions de prévention menées à la fois dans les établissements de santé et par les professionnels de santé, les institutionnels, les assureurs et notamment les mutuelles. Il est nécessaire pour les acteurs d’avoir une approche territoriale, et d’améliorer leur coordination et leur complémentarité. Les Agences régionales de santé (ARS) sont en général très investies sur la prévention, il y a des liens à construire. La conférence des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie des personnes âgées, déjà mentionnée, est une bonne illustration. Elle pourrait s’étendre demain à toute la prévention, afin que dans chaque département, tous les acteurs de la prévention puissent faire connaissance, identifient leurs missions respectives et apprennent à travailler ensemble.