Le lien social à l’épreuve du chômage


Jean-Baptiste de Foucauld, Coordination Pacte civique

PROPOS RECUEILLIS PAR 
Jeanne Chabbal, Responsable des publications


 

Acteur du Pacte civique, auteur de L’Abondance frugale, Pour une nouvelle solidarité (Odile Jacob, 2010), Président-fondateur de Solidarités nouvelles face au chômage, Jean-Baptiste de Foucauld revient ici sur les fragilisations du lien social induites par le chômage et propose des pistes d’action individuelles et collectives à mettre en œuvre pour les pallier.


Comment définissez-vous le lien social ?

Le lien social renvoie au fait de se sentir concerné et impliqué par l’autre et par ses difficultés lorsqu’il en a. L’enjeu est de rester lié même dans les moments difficiles. Quand les personnes vont bien, elles sont gratifiantes et l’on a intérêt à être lié à elles. Quand elles vont mal, elles ont tendance à reporter une partie de leurs difficultés sur l’autre et la tendance à l’individualisme contemporain conduit souvent ce dernier à s’en détacher. Ce phénomène est particulièrement saillant dans les situations de chômage.

 

En quoi le chômage menace-t-il le lien social ?

Le chômage, d’autant plus s’il est de longue durée, dissout le lien social. Les demandeurs d’emploi sont très seuls, c’est ce qui nous a frappés lorsque nous avons créé Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), il y a 30 ans. La société exige davantage d’un chômeur que d’un actif alors que ce dernier est en situation de fragilité. Chercher du travail est plus difficile que travailler.

« Les institutions devraient davantage travailler sur la qualité relationnelle de leurs prestations »

Il faut ajouter à cela que l’entourage supporte très mal le chômage. Une situation de chômage durable peut faire éclater une famille et provoquer un divorce. Le taux de dépression et de suicide est beaucoup plus élevé chez les chômeurs. Les chômeurs voient leurs amis se détourner d’eux parce que ces derniers ne savent pas trop comment appréhender leur situation. Ils se détournent eux-mêmes des autres car il est difficile de dire que l’on a perdu son emploi. Dire que l’on est au chômage dans un dîner en ville, c’est tout de suite ternir l’ambiance, alors mieux vaut éviter de participer aux dîners. Ce phénomène d’hétéro et d’auto exclusion dissout le lien social des deux côtés.

 

Comment recréer du lien autour du demandeur d’emploi ?

Nous devons changer de regard sur le chômage, et, au lieu de céder à la tendance d’exclusion, nous devons nous placer dans une position d’écoute, exempte de jugement. Les citoyens doivent se sentir un devoir d’agir pour lutter contre le chômage, un devoir d’entraide vis-à-vis des demandeurs d’emploi. Le simple fait de parler, d’écouter, de ne pas fuir et de ne pas se détourner, est important. Il y a plusieurs niveaux d’action : l’attitude individuelle d’écoute, le travail associatif avec des méthodes, mais aussi le levier institutionnel. Les institutions devraient travailler davantage sur la qualité relationnelle de leurs prestations. Une prestation qui n’est pas accompagnée de relations sera moins efficace. La relation d’écoute et d’aide améliorera la qualité de la prestation. Cela est notamment valable dans le secteur de la santé. Dans une situation de plein emploi et de croissance, on peut penser que la prestation se suffit à elle-même. En situation de crise, il faut lier prestation et relation. Il faut donner aux agents le temps de créer du lien là où il n’y en a souvent plus.

 

Quelles sont les méthodes proposées par Nouvelles solidarités face au chômage ?

Nous accompagnons bénévolement les personnes en recherche d’emploi, sans limite de temps. Notre méthode consiste tout d’abord à écouter. Les demandeurs d’emploi n’ont souvent pas d’interlocuteur pour parler de ce qui les préoccupe au premier chef, c’est-à-dire de leur situation

« La démocratie, c’est aussi un certain type de rapport à l’autre et de lien à établir »

 

de chômage. Offrir une heure ou deux d’écoute dans un lieu calme à un chômeur, c’est lui proposer quelque chose qui n’a pas. Avec les accompagnateurs de SNC, il peut parler de ses recherches, de ses hésitations, de ses difficultés, de ses interrogations. Le chômage place les personnes dans une situation de grande incertitude face à l’avenir et, dans ce contexte, le fait de se sentir soutenu peut suffire à remotiver et à 

« Nous devons nous placer dans une situation d’écoute vis-à-vis du demandeur d’emploi »

 

remettre une personne en selle pour trouver un emploi. Nos accompagnateurs travaillent en binôme, ce qui leur permet d’affronter plus facilement la douleur de l’autre en la partageant. Des groupes d’accompagnateurs peuvent se constituer au sein des entreprises mais aussi des structures sanitaires, sociales et médico-sociales.

 

1570-1632-thickboxPour aller plus loin, rendez-vous sur le site Internet de Nouvelles solidarités face au chômage : snc.asso.fr

 

 

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Le Pacte civique : pour une éthique de fraternité 

 

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Le Pacte civique est un collectif associatif, fondé en 2013 dans l’objectif d’analyser et d’agir ensemble pour délivrer un message fort aux citoyens et aux gouvernants. Jean-Baptiste de Foucauld est l’un des fondateurs de ce pacte, en tant que Président de l’association Démocratie et spiritualité.

« Il faut redécouvrir le fait que la démocratie, ce n’est pas seulement le droit de vote et l’autonomie individuelle mais c’est aussi un certain type de rapport à l’autre et de lien à établir. Tous les êtres doivent être égaux en dignité et doivent être capables de donner le meilleur d’eux-mêmes pour que la démocratie fonctionne bien. La fraternité, c’est ce qui permet de lier la liberté et l’égalité de la devise républicaine. Si elle n’est pas fraternelle, la liberté peut dégénérer. L’égalité sans fraternité ne serait qu’une uniformisation empêchant les talents de s’exprimer. La fraternité est en quelque sorte le régulateur de la liberté et de l’égalité. Il s’agit pourtant de la partie la moins mise en avant de la devise républicaine. Il faut redécouvrir la fraternité, ce à quoi elle engage, ce à quoi elle donne droit mais aussi ses limites. Il s’agit d’une grande tâche politique, d’un défi pour les années à venir. Les institutions sanitaires et sociales sont particulièrement concernées. Au pacte civique, nous relions cette idée de fraternité à celle de sobriété (c’est-à-dire de l’essentiel sans superflu), de justice et de créativité. Nous abordons le lien social sous un angle politique et républicain. Nous nous adresserons aux candidats de 2017 dans cette optique. »

Pour en savoir plus : www.pacte-civique.org