Le Service Civique est au cœur du lien social


François Chérèque, Président de l'Agence du Service Civique

PROPOS RECUEILLIS PAR
Jeanne Chabbal et Audrey Puglierini


 

 

Président de l’Agence du Service civique, François Chérèque revient sur l’actualité de ce dispositif en voie d’extension, dans lequel la FEHAP s’est engagée depuis 2012. Il souligne l’intérêt des missions de Service Civique pour les jeunes mais aussi pour les structures qui les accueillent dans l’optique d’un projet collectivement construit, bénéfique à tous.

 

Comment définissez-vous le lien social ?

Le lien social, c’est ce qui relie les gens entre eux et qui leur permet de vivre ensemble sereinement, dans le respect des différences et des origines, en étant dans l’écoute. Le lien n’est ni un carcan ni une prison mais doit être, au contraire, un vecteur d’ouverture. Le lien social est la base du vivre ensemble.

 

En quoi le Service Civique peut-il y contribuer ?

Le Service Civique peut y contribuer de deux façons. D’abord, les jeunes en Service Civique sont là pour apporter une valeur ajoutée à une mission de service public, au-delà de ce que font déjà les professionnels. Ils sont là pour améliorer la vie des gens, pour rendre service, pour donner. Leur action permet d’aider les autres. Ensuite, le Service Civique

 

« Il faut faire en sorte que le Service Civique ait une place dans le projet des établissements et services »

 

permet aux jeunes d’entrer en contact avec un milieu qui n’est pas forcément le leur et qui leur offre une forme d’ouverture sur la société. Le Service Civique est un échange « donnant-donnant » : le jeune donne de lui-même, et la société l’accueille. Le Service Civique est donc bien au cœur du lien social.

 

Le rôle du Service Civique dans le maintien du lien social vous semble-il particulièrement important dans le contexte actuel ?

Depuis les attentats et les événements tragiques de 2015, on ressent une volonté beaucoup plus forte des jeunes de s’engager. Les jeunes éprouvent le besoin de rendre à la société ce qu’elle leur donne. Ensuite, le Service Civique

 

« Je souhaite que les futurs professionnels des secteurs sanitaire, social et médico-social, aient fait leur Service Civique »

 

peut permettre d’ancrer dans la société des jeunes qui tendent à se marginaliser ou à se tourner vers des extrémismes. L’enjeu est de combler l’écart entre eux et la société et de prouver qu’ils ont, eux-aussi, une place et un rôle à jouer dans cette société. Je ne pense pas que le Service Civique soit, comme certains l’ont dit, un outil contre le djihadisme. Par contre, c’est un moyen de lutter contre la radicalité. Le Service Civique permet à des jeunes de s’engager au service de la société et d’être reconnus en tant que tels. En cela, le service est vraiment d’actualité. Les enquêtes sociologiques montrent que les jeunes engagés dans des actions terroristes ne sont pas forcément issus de quartiers sensibles et peuvent avoir un bon niveau de qualification. Il existe cependant des territoires d’exclusion dans notre société. Permettre aux jeunes de sortir de ces zones d’exclusion pour accomplir des missions d’intérêt général avec d’autres jeunes issus d’autres milieux, c’est leur donner des perspectives et leur permettre de se révéler.

 

Qu’attendez-vous des fédérations comme la FEHAP dans le développement du dispositif Service Civique ?

Plus le nombre de missions de Service Civique augmente, plus la demande des jeunes s’accroît. Il y a deux ans, nous offrions 20 000 missions et nous avions 100 000 demandes. En 2015, la barre des 50 000 jeunes en Service Civique a été franchie et nous avions 200 000 demandes. Le Service Civique a beaucoup de succès, parce que les jeunes se rendent compte que ce type de mission est important dans leur vie. Nous attendons de la FEHAP, et des autres structures engagées à nos côtés, de faire passer cet esprit du Service Civique. Accueillir un jeune volontaire, ce n’est pas seulement faire plaisir à l’État qui le demande ou rendre service à un jeune - même si c’est aussi cela, il s’agit d’aller plus loin en intégrant le Service Civique à son fonctionnement quotidien. Il faut faire en sorte que le Service Civique ait une place dans le projet des établissements et services. Le fonctionnement de demain des structures sanitaires, sociales et médico-sociales doit inclure les jeunes en Service Civique.

 

Pour vous, que dire à un directeur d’Ephad ? « Faites le saut en construisant un projet collectif avec vos salariés et les jeunes ».

 

Avant, il était demandé aux jeunes de s’engager pour la nation à travers le service militaire. Aujourd’hui, on leur propose de s’engager dans des actions d’intérêt général, par exemple dans l’accompagnement des personnes vulnérables. Il faut leur faire cette place ! C’est une perspective enthousiasmante de se dire que demain des jeunes seront investis à nos côtés pour recréer le lien social qui s’est distendu. Nous avons l’objectif de faire passer la moitié d’une classe d’âge par le dispositif Service Civique, c’est-à-dire d’avoir 350 000 missions pour 2018. Je souhaite qu’un maximum de jeunes puisse bénéficier du Service Civique et qu’ils aient envie de s’engager. Le Service Civique doit devenir une action naturelle. Je souhaite que les futurs professionnels des secteurs sanitaire, social et médico-social, aient fait leur Service Civique. Cet acquis est d’autant plus naturel dans des univers dont la mission est d’aider les autres. Nous engageons les jeunes à « faire le saut » du Service Civique. J’ai envie de dire la même chose aux directeurs d’établissements et de services en les invitant à construire un projet collectif autour des jeunes en Service Civique avec les salariés et les bénévoles de leur structure. Le Service Civique doit être construit collectivement pour permettre un véritable partage. Les jeunes ne sont pas là pour se substituer aux salariés et aux bénévoles, c’est l’addition des actions des uns et des autres qui permet la création d’une réelle valeur ajoutée.

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