• Développement durable : un sujet fédérateur.

    La FEHAP a participé avec les autres fédérations du secteur à la formulation d’un ensemble d’actions prioritaires à mener dans les établissements pour tendre vers un modèle plus durable du soin et de l’accompagnement des personnes et a confié à l'Agence Nationale d'Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux (ANAP) une double mission : mesurer la performance des démarches RSE [1] des établissements et services sanitaires et médico-sociaux et soutenir la mise en œuvre de ces actions par la diffusion de ressources pour les professionnels. Rencontre avec Pauline Pichereau et Benjamin Lemoine, chefs de projet RSE à l’ANAP.

     

    L’ANAP travaille sur le Développement durable en santé depuis 2013 : est-ce possible pour un directeur de viser à la fois performance et durabilité ?

    Benjamin : Bien entendu ! L’ANAP travaille à la durabilité du système de santé en améliorant sa performance, c’est-à-dire en promouvant les organisations améliorant la qualité de la prise en charge des patients et des personnes et les conditions de travail des professionnels dans un cadre soutenable financièrement.

    Pauline : Beaucoup de structures s’étant engagées dans une démarche RSE nous font part de tous les bénéfices qu’elles ont observés : engagement des professionnels retrouvant le sens de leur action, développement de la créativité et l’innovation, attractivité de la structure, etc.

     

    Ces derniers mois, l’ANAP a développé un observatoire de la RSE en santé pour mesurer la maturité des structures sur le développement durable. Comment avez-vous travaillé ?

    Benjamin : En effet, les fédérations ont confié à l’ANAP le soin de concevoir et de mettre en œuvre un observatoire de la RSE en santé afin de permettre aux structures d’évaluer annuellement la maturité de leur démarche. La conception de cet observatoire a été réalisée entre septembre 2016 et février 2017. Elle s’est appuyée sur le travail précédemment réalisé dans le cadre du Baromètre du Développement Durable.

    Pauline : C’est un travail qui a fortement mobilisé les établissements et structures sanitaires et médico-sociales. Nous avons organisé huit ateliers de travail qui ont réuni plus de 90 établissements et services pour identifier les enjeux majeurs du Développement Durable dans les structures de santé. Des indicateurs ont également été définis pour mesurer la maturité des structures sur ces enjeux.

     

    Comment est construit cet observatoire ?

    Pauline : L’observatoire est composé de 33 questions réparties sur 6 axes : gouvernance, sociétal, social, environnemental, achats responsables et axe économique. Ces questions permettent de calculer des indicateurs chiffrés et non chiffrés. Ces indicateurs ne sont pas exhaustifs : ils donnent une indication de la maturité de la structure selon les résultats qu’elle obtient.

    Benjamin : Chaque structure est libre de s’autoévaluer sur un ou plusieurs axes de son choix. Chaque année, elle peut comparer ses résultats avec les autres structures comparables et en progression par rapport à ses résultats de l’an passé.

     

    Quand cet observatoire sera-t-il disponible pour les structures ?

    Pauline : La première campagne d’auto-évaluation par les structures sera officialisée lors de la semaine européenne du Développement Durable entre le 30 mai et le 6 juin 2017. Tous les établissements et services seront alors invités à se rendre sur http://rse.anap.fr, créer leur compte et répondre aux questions pour leur structure. Le temps nécessaire pour répondre à l’ensemble des questions a été évalué à 4 heures par les établissements testeurs.

    Benjamin : Une restitution immédiate donne les grandes tendances et propose un plan d’action personnalisé ainsi qu’une sélection de ressources utiles pour la mise en œuvre. Un espace de discussion permet l’échange de pratiques entre les structures sur leurs sujets d’intérêt.

     

    Comment l’ANAP accompagne-t-elle les structures dans la mise en œuvre des actions de Développement durable ?

    Benjamin : Le Centre de ressources http://rse.anap.fr met à disposition des structures toutes les ressources qui leur sont utiles pour mettre en œuvre les actions Développement Durable : outils, méthodes, retours d’expérience, etc. et offre la possibilité d’échanger autour des projets de Développement durable de chaque structure.

    Pauline : L’ANAP organise régulièrement des rencontres des professionnels lors de « Cercles Performance ». Ces journées ouvertes à toutes les structures sont des temps privilégiés d’échange de pratique et de rencontre autour de l’intégration du Développement Durable dans les pratiques quotidiennes de prise en charge des patients et des personnes.

     CdR

    Le Développement durable, un thème inscrit au programme de travail de l’ANAP

    Les fédérations et la puissance publique ont inscrit l’appui aux démarches Développement durable des établissements et services en santé au Contrat d’Objectif et de Performance 2015-2017 de l’ANAP. L’ANAP doit à la fois proposer un observatoire de la RSE pour permettre aux structures d’évaluer la maturité de leurs démarches et mettre à disposition les ressources qui leur sont nécessaires pour mener les projets.

    Observatoire de la RSE : un travail associant toutes les parties prenantes

    Outre les 90 établissements et services sanitaires et médico-sociaux, ont participé à ce travail, les fédérations du secteur (FEHAP, FHF, FHP, UNICANCER, FNEHAD, SYNERPA, UNIOPSS, NEXEM, FNAQPA), les principaux acteurs du secteur (DGOS, DGCS, CGDD, CNSA, HAS, ADEME, Caisse des dépôts, CLAPS) et d’autres parties prenantes dans le cadre de la consultation publique (Pôle Emploi, CNAF, le CNAM ainsi que des universités proposant des masters développement durable en santé).


    [1] RSE : Responsabilité Sociétale des Etablissements : correspond à la mise en œuvre d’actions par la structure en faveur du Développement Durable.

  • Systèmes d’information - E-santé : créer la confiance, donner une vision

    Le congrès de CATEL PARIS 2016 s'est déroulé  le 7 octobre 2016 sur le thème « e-santé : créer la confiance, donner une vision ». La FEHAP y a participé pour apporter son éclairage sur les enjeux de la santé numérique de demain.

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  • Responsabilité sociétale et environnementale - Ressources humaines responsables : moderniser le recrutement dans le secteur privé non lucratif

    Une nouvelle impulsion à la communication de recrutement des établissements et services est donnée, en introduisant plus de proximité, d’humanité et d’attractivité dans les messages et les supports mobilisés, notamment dans l’objectif de recruter des salariés sur les métiers en tension.

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  • Achats : Une nouvelle version du guide achats

    L’ordonnance du 6 juin 2005 à laquelle les adhérents FEHAP sont soumis, est désormais remplacée par l’ordonnance du 23 juillet 2015. Si les deux obligations principales restent identiques, c’est-à-dire la mise en concurrence et la publicité, certaines évolutions ne sont pas inintéressantes pour la mise en place de politiques achats performantes. Cette réforme méritait donc une troisième version  du Guide achats pour être appliquée avec la souplesse et la volonté de clarté affichées par les Pouvoirs Publics. Morceaux choisis des nouveautés.

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  • Droit et santé – Vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. De la norme juridique aux questionnements éthiques et pratiques en France et en Europe

    Les institutions qui accompagnent des personnes en situation de handicap sont situées entre le marteau et l’enclume en ce que, d’une part, elles doivent légitimement répondre aux aspirations des personnes concernant leur vie affective et sexuelle et, d’autre part, le cadre normatif actuel les contraint à sacrifier celle-ci au risque d’engager leur responsabilité pénale. Réunissant près de deux cent professionnels du secteur et une centaine d’étudiants de la faculté de Droit de Montpellier, une journée organisée par la FEHAP en partenariat avec le Centre Droit et Santé de l’université s’est penché sur le sujet le 28 Septembre dernier dans le cadre des travaux de l’Institut supérieur de formation des cadres dirigeants.

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  • Initiatives innovantes - Vivre et grandir ensemble. Accueillir et reconnaître chaque enfant dans sa singularité

    Méli-Mélo est un établissement d’accueil de jeunes enfants, géré par l’Association CRESCENDO situé en Île-de-France, à Paris. Créé le 13 Octobre 1993, il a été le premier en France à obtenir un agrément pour recevoir des enfants en situation de handicap. Ce projet, comme d’autres portés par des parents et des associations militantes, ont contribué au vote de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées

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  • Relations du travail - Loi travail : véritable séisme ou nouvelle réforme ? Maîtriser les soubassements et le contenu des nouvelles dispositions

    Prenant la suite d’une décennie de réformes relatives au dialogue social dans les entreprises, la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels, communément appelée « Loi Travail », apporte de nouveaux changements dans les relations collectives et individuelles de travail.

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  • Michèle Delaunay : « nous devons avancer dans le sens de « l’evidence-based-policy » »


    PROPOS RECUEILLIS PAR  David Causse, Coordonnateur du Pôle Santé-Social 


     

    Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager en politique ? 

    « En fait, on est venu me chercher. C’est l’un des effets des règles sur la parité en 2001 que d’avoir fait venir en politique des femmes « de la vie réelle », qui ne faisaient pas de la politique une profession. Je présentais trois qualités dans ce contexte : femme, médecin hospitalier, cancérologue de surcroît, et j’avais aussi un nom très connu à Bordeaux. J’avais à l’hôpital un collaborateur de grande qualité et, au prix d’une mise en disponibilité partielle, j’ai pu accepter de candidater dans des territoires réputés « ingagnables » parce qu’ils étaient depuis des décennies des « bastions » de la droite : dans un canton en 2004 pour le Conseil général, puis dans la « circonscription du Maire » depuis 1947, contre Alain Juppé pour la députation. Comme souvent, le hasard a fait advenir des choses finalement prévisibles : mon métier médical me donnait une forte envie de « vie ordinaire » en dehors du drame constant de la cancérologie. Ma succession était prête au CHU et je voulais que ces nouveaux talents puissent se déployer. Enfin, je me suis rendu compte qu’avec mes parents, mon père préfet et ma mère qui fût députée de l’Assemblée constituante de la IVe République, j’avais une familiarité déjà établie avec les personnalités et la décision publiques. »

     

    Qu’est-ce que la cancérologue a appris à la parlementaire-ministre et réciproquement ?

    « La médecine a été très précieuse à ma trajectoire politique. D’abord car ce métier apporte une très grande indépendance d’esprit. Cela donne de la force. Ensuite, car je me suis naturellement dirigée vers la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale, où j’ai cultivé les sujets qui me sont chers, et approfondi celui de la lutte contre le tabac.

     

     

     « Les ESPIC sont indispensables à la population comme au service public hospitalier. Ils apportent l’agilité et la créativité, ainsi qu’un esprit de responsabilité en termes de gestion, indispensable aujourd’hui ».

     

    Pour mes fonctions de ministre des personnes âgées, mon métier médical et ma trajectoire m’ont nourrie des deux réalités de ce portefeuille : la santé et la transition démographique. Cet engagement peut avoir comme contrepoint une souffrance profonde : de ne pas avoir pu aller plus loin sur le financement de la perte d’autonomie, de ne pas avoir pu défendre « mon » projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement (ASV) au Parlement, alors que tout était prêt. C’est une blessure d’honneur pour moi que d’avoir pris connaissance de mon limogeage du gouvernement le jour même de la défense du projet de loi en Conseil des ministres. Ceci étant, j’ai de grandes satisfactions rétrospectives : la préparation de la Loi ASV, notamment avec vous, sur tous les nouveaux droits individuels et collectifs des personnes âgées, le programme Mona Lisa et la Silver Economie. De cette expérience, la médecin, la scientifique, retire la certitude que nous devons avancer dans le sens de « l’evidence-based-policy »[1]. Nous prenons aujourd’hui trop de décisions sur des bases beaucoup plus technocratiques que scientifiques. Je pense au tabac et à la lutte contre les addictions. Je pense aussi à l’autisme, domaine dans lequel nous savons encore trop peu de choses. En sens inverse, la parlementaire-ministre a appris à la clinicienne à connaître la gestion financière de la santé, bien sûr et les grands acteurs institutionnels comme la FEHAP, la FHF, MG France, la CSMF, etc. »

     

     

    Quels sont pour vous les principales espérances à concrétiser et difficultés à surmonter pour la très grande région « Nouvelle Aquitaine » (NA), notamment du point de vue de l’organisation de l’offre sanitaire, sociale et médico-sociale ?

    « Cela constitue tout d’abord désormais une région à l’échelle européenne. Pour l’organisation de l’offre de soins, l’apport essentiel est la possibilité de répartir les pôles d’excellence plutôt que de les garder dispersés. Cela prendra du temps pour fédérer des identités fortes, différentes. Mais elles sont en réalité complémentaires, entre la solidité du Limousin et la fluidité du Girondin. Au-delà, mon souhait est que la région NA puisse s’affirmer comme la « biological valley of France », voire « l’agronomical valley », en métissant les compétences traditionnelles, industrielles et universitaires. Cette région est enfin dotée d’un fort pouvoir d’attractivité, avec beaucoup de migrations professionnelles mais aussi au moment de la retraite. Ce qui fait que la grande Aquitaine est la région la plus âgée de France, avec 27,8 % de personnes de plus de 60 ans, mais du fait de la forte composante littorale et de métropoles dynamiques, pour jeunes et moins jeunes. Cela compte et  comptera. »

     
    « Mon souhait est que la Nouvelle Aquitaine puisse s’affirmer comme la « biological valley of France », voire « l’agronomical valley » »

     

    Avec 1,75 % de progression de l’ONDAM en 2016, ce qui est un effort important de la nation pour la santé alors que le PIB reste bien en deçà, les tarifs et budgets baissent très substantiellement et mettent en difficulté les équipes hospitalières publiques et privées. Il s’agit de la cinquième année consécutive de baisse : pensez-vous que cela puisse continuer comme cela ? 

    « J’espère bien que nous serons en mesure d’avoir 2 % en 2017. Je suis bien consciente des très fortes tensions budgétaires dans les hôpitaux. Et c’est peut-être le seul domaine d’action publique dans lequel les Français peuvent comprendre et accepter notre niveau de prélèvements obligatoires. Et à titre personnel, je vais naturellement revenir à la charge sur l’augmentation du prix du tabac. »

     

    Pour les établissements privés non lucratif médico-sociaux, la création du CICE fin 2012 a engendré une forte déception : ils l’ont payé avec des augmentations de TVA, mais il a induit un énorme avantage concurrentiel pour le secteur privé commercial des EHPAD, crèches et services à domicile, sans compensation. Comment rétablir cette situation ? 

    « J’ai bien conscience de cette situation. Avec Manuel Bougeard, mon directeur de cabinet, et aussi avec Jérôme Guedj, parlementaire et auteur d’un rapport sur ce sujet, nous avons fait tout ce que nous avons pu pour compenser cette injustice, tenu moult réunions. Mais la durée m’a manqué. »

     

    Partagez-vous l’incompréhension des établissements de santé privés non lucratifs, qui ont les mêmes missions que les établissements publics de santé mais sans aucune activité libérale, pour lesquels les tarifs sont les mêmes que pour les hôpitaux publics mais les prélèvements obligatoires nettement plus élevés ? 

    « Je comprends parfaitement que, dans vos ESPIC, certaines dépenses supplémentaires sont en réalité des recettes de la protection sociale par ailleurs. On devrait réussir à en tenir compte, avec un peu « d’evidence-based-policy ». Pour moi, les ESPIC sont indispensables à la population comme au service public hospitalier. Les ESPIC sont très proches des hôpitaux publics sur les valeurs, mais ils leur apportent l’agilité et la créativité qui leur fait souvent défaut, ainsi qu’un esprit de responsabilité du point de vue de la gestion, indispensable aujourd’hui ».

     

    Née en 1947, Michèle Delaunay est médecin des hôpitaux. Elle a été responsable de l’unité de dermatologie-cancérologie à hôpital Saint André jusqu’en juin 2007.

    De 2001 à 2007, elle a siégé au Conseil municipal de Bordeaux, au sein du groupe socialiste. En mars 2004, elle est élue Conseillère générale du 2e canton de Bordeaux « Grand Parc – Jardin public », puis réélue en mars 2011. Elle a démissionné de ce mandat en août 2012.

    En juin 2007, elle est élue députée, puis réélue en juin 2012. De mai 2012 à mai 2014, elle a été ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’autonomie. Dans ce cadre, elle a élaboré le projet de loi pour l’adaptation de la société au vieillissement. Depuis les élections municipales de mars 2014, elle est conseillère municipale de Bordeaux et conseillère métropolitaine à Bordeaux Métropole.



    [1] Les décisions publiques fondées sur des preuves scientifiques de leur opportunité et efficacité.

  • « L’éthique concerne particulièrement la direction d’un établissement »


    Propos recueillis par Jeanne Chabbal,
    Responsable des publications


    PSS 247 - Rubrique publication - Alice Casagrande mini 

     

    Directrice de la formation et de la vie associative, Alice Casagrande a dirigé un ouvrage collectif intitulé Éthique et management du soin et de l’accompagnement dont elle est à l’initiative. Ce livre donne la parole aux managers de la santé et des solidarités et leur propose des « compagnons de route » pour appréhender les questionnements éthiques, quotidiennement rencontrés dans le cadre de la direction d’établissements ou de services.

     

    D’où est venue l’idée de cet ouvrage ?

    Ce livre est né de mes échanges avec les étudiants du MBA santé de l’université Paris-Dauphine, managers dans des structures sanitaires, sociales ou médico-sociales, auprès desquels j’enseigne depuis cinq ans l’éthique et le management. Je leur propose des exercices afin de différencier un problème technique d’un problème éthique et, dans ce cadre, je reçois les récits de leurs expériences. Frappée par la complexité des situations décrites, j’ai voulu les partager. Certains contributeurs de l’ouvrage sont des étudiants du MBA. Par ailleurs, il y a quatre ans, j’avais écrit un livre sur la maltraitance[1] et je souhaitais poursuivre la réflexion posée. L’idée n’était pas de parler à la place des managers mais de leur donner la parole sur ce qu’est, de leur point de vue, l’éthique managériale tout en apportant, à leurs côtés, mon propre regard.


    «  L’éthique de la discussion pallie le risque d’isolement du manager et le risque de mal agir »

    De nombreux ouvrages s’intéressent à l’éthique managériale en général. Pour moi, le management est lié à des métiers et à un secteur spécifiques. Le manager de l’industrie ne prend pas les mêmes risques que le manager d’une maison de retraite, d’un service hospitalier ou à domicile. J’ai souhaité travailler sur le secteur de la vulnérabilité. Je ne voulais pas penser l’éthique managériale « hors sol », ce qui impliquait de penser l’ambition managériale à l’aune des espérances et attentes des usagers. C’est pourquoi le livre s’ouvre sur un dialogue avec des usagers.

     

    Pourquoi une telle diversité de contributeurs ?

    Être manager d’un hôpital de 500 lits ou d’un petit service qui accompagne les personnes sans domicile fixe, manager les salariés d’un service à domicile, éloignés du regard, et ceux d’une maison d’accueil spécialisé, qui sont plus proches, renvoie à des problématiques très différentes. Les points communs qui traversent le champ de la vulnérabilité sont éclairés de manière d’autant plus intéressante par des points de vue issus de métiers et de formations initiales différents. C’est pourquoi j’ai choisi des contributeurs d’horizons très diverses, issus des activités sanitaires, sociales et médico-sociales mais aussi de la formation professionnelle.

     

    Que souhaitez-vous apporter aux lecteurs ?

    Le lecteur potentiel de l’ouvrage est un cadre de santé, un directeur d’établissement, un chef de service, un responsable pédagogique de formation, etc., qui est amené à se poser des questions éthiques dans le cadre de sa pratique professionnelle. Nous lui proposons des « compagnons de route » en mettant à sa disposition les réflexions et expériences de certains de ses pairs qui, sans être des donneurs de leçons, ont déjà traversé certaines situations.


    « L’exercice managérial se caractérise par la passion du temps présent »

    Notre ouvrage a aussi vocation à faire vivre une éthique de la discussion dont l’intérêt est de pallier le risque d’isolement du manager et, par la même, le risque de mal agir en situation de tension entre des impératifs et des valeurs.

    À travers ce livre, j’ai aussi à cœur de montrer que l’éthique managériale relève aussi bien du quotidien que de l’extraordinaire. Nombreuses sont les situations où il faut dire « non » à un salarié, s’interposer pour rectifier le tir, prendre position et effectuer des arbitrages économiques, etc. Ces actions, qui relèvent du fonctionnement ordinaire des institutions, soulèvent des questionnements d’ordre éthique.

     

    Quelles facettes du manager la réflexion éthique sollicite-elle ?

    La réflexion éthique met notamment en valeur la figure aristotélicienne de l’homme « prudent », qui exerce le discernement. Le commandant de navire, le général de guerre et le médecin sont des illustrations de cette figure. Dans les trois cas, il s’agit de figures de responsabilité qui ont un savoir théorique, une expérience, mais aussi une intuition quant à la manière d’exercer le bien concret à un moment donné. L’éthique concerne particulièrement les instances et modalités de direction d’un établissement ou d’un groupe d’établissements. Elle est cardinale dans le secteur privé non lucratif pour que nos valeurs ne se soient pas incantatoires. Les managers doivent mettre en œuvre des valeurs avec les moyens et ressources disponibles dans un contexte contraint mais ne peuvent le faire seul, ils doivent cheminer avec les professionnels et les usagers. La gouvernance a besoin d’un cadre pour se déployer. C’est pourquoi ce livre s’adresse aussi aux administrateurs afin qu’ils puissent accompagnent au mieux l’exercice managérial.


    « L’éthique managériale relève aussi bien du quotidien que de l’extraordinaire »

    Dans la posture de la réflexion éthique, le manager idéal est celui qui sait se questionner mais aussi s’entourer de contradicteurs. L’entourage du manager est souvent acquis et rassurant. L’exercice éthique nécessite de croiser des mondes vécus différents pour enrichir la décision.

     

    Quel est le rôle du temps dans la réflexion éthique managériale ?

    L’exercice managérial se caractérise par la passion du temps présent et de l’immédiateté. Le manager a le goût de l’agir, c’est-à-dire d’être capable de réagir dans l’instant aux situations qui lui échoient. Par définition, il n’est pas « contemplatif ». L’immédiateté peut toutefois obscurcir le jugement. Le questionnement éthique donne une légitimité à étirer le temps. Il ne s’agit pas de reporter une décision à un temps indéterminé mais d’avoir conscience qu’une décision engage  l’avenir des professionnels et des usagers. Il faut accepter d’allonger le temps, de mettre en œuvre le temps d’arrêt de la pensée et du discernement, d’aménager  des espaces de réflexion. Le temps de l’intuition est important mais il ne suffit pas, il doit se doubler de celui de la consultation. L’enjeu est d’améliorer la qualité de la décision et de la réponse apportée. L’éthique enseigne la patience et protège le manager de suivre systématiquement son inclinaison naturelle pour la passion de l’instant. Dans le cadre de la réflexion éthique, le rapport au temps du manager est assagi et apaisé.

     

    1570-1632-thickbox À lire : Sous la direction d’Alice Casagrande, Éthique et management du soin et de l’accompagnement, Paris, Dunod, 2006, 224 pages (préface de Michel Laforcade).    

     

    Les contributeurs de l’ouvrage

    Michel Laforcade, Directeur général de l’ARS Aquitaine Limousin Poitou-Charentes

    Jérémy Boroy, Nicolas Brun et Yvanie Caillé, Giovanna Marsico, représentants d’usagers

    Marianne Auffret, Simon Azaïs, Olivier Bonaventur, Isabelle Bouyssou, Pascal Cacot, Monique Carlotti, responsables d’établissements de services ou de formations

     

     

    [1] Ce que la maltraitance nous enseigne. Difficile bientraitance, Paris, Dunod, 2012, 224 pages.           

  • Handicap : Optimiser l’autonomie, donner la parole aux usagers


    Propos recueillis par Suzanne Malissard,
    Conseillère santé-social


     

    Vingt-quatre départements pionniers ont démarré la mise en œuvre de la mission « Une réponse accompagnée pour tous ». L’objectif est de proposer une réponse immédiate construite en fonction des possibilités d’offres locales et un accompagnement de la personne en situation de handicap et de sa famille. Responsable de ce projet, Marie-Sophie Desaulle revient ici sur ses enjeux et ses articulations avec l’action des responsables de structures.

     

    Qu’est ce qui est attendu d’un gestionnaire d’établissements et services sociaux et médico-sociaux dans le cadre du projet réponse accompagnée ?

    Ce qui me semble important, c’est tout d’abord de prendre ce qu’on pourrait appeler le virage inclusif, c’est-à-dire de se poser systématiquement la question de savoir quelle est la réponse qui permet de prendre en compte le potentiel d’autonomie

    « La question est de savoir quelle est la réponse qui permet de prendre en compte le potentiel d’autonomie de chaque personne »

    « La question est de savoir quelle est la réponse qui permet de prendre en compte le potentiel d’autonomie de chaque personne » de chaque personne. Le deuxième sujet, pour un gestionnaire est d’interroger son organisation et les pratiques professionnelles dans son établissement pour que le projet individualisé de la personne prime toujours sur le projet de l’établissement. Le troisième élément tourne autour de la participation de la personne et de son entourage aux prises de décisions la concernant mais aussi plus généralement la prise en considération des compétences des pairs aux côtés et en articulation avec les compétences des professionnels.

     

    Quelles sont les actions à mettre en œuvre ?

    Tout d’abord il faut s’engager résolument dans la négociation de contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM). Les CPOM doivent partir d’un diagnostic des besoins des personnes sur le territoire et concevoir des réponses individualisées, ils doivent permettre de passer d’une logique de place à une logique de réponse. Pour un responsable d’établissement, il y a un travail important de changement des organisations et des pratiques professionnelles et donc un nécessaire accompagnement des professionnels. Dans ce cadre-là, il y a une mobilisation particulière à avoir vis-à-vis du management intermédiaire et un accompagnement du développement de la fonction de coordination du parcours des personnes, qui est partie intégrante du métier de travailleur social et qui doit être remise en valeur. Il est également essentiel de développer les coordinations avec les autres acteurs.


    « Le levier le plus puissant est la parole des personnes qui vivent les situations que rencontrent les usagers au sein des établissements »

    En effet, la continuité des parcours qui est recherchée par tous ne pourra exister que si chacun apprend à travailler avec l’autre et à partager des informations qui doivent être structurées dans un dossier.

     

    Y-a-t-il un chantier auquel vous êtes particulièrement attachée dans la mission ?

    Le chantier qui me semble le plus important est l’évolution des pratiques professionnelles. L’enjeu est d’accepter d’interroger ses propres pratiques mais aussi que sa pratique soit interrogée par les personnes en situation de handicap ou leur entourage. Je demeure convaincue que le levier le plus puissant pour faire évoluer les réponses est la parole des personnes qui vivent ou ont vécu les situations que rencontrent les usagers au sein des établissements. Que l’on parle de « médiateur pair », faisant partie des équipes, de coaching par des pairs ou de formations organisées au sein des équipes par des pairs, dans tous les cas de figure, il s’agit bien d’accepter le regard des personnes concernées et surtout d’accepter l’expertise d’usages à côté et en complément de l’expertise professionnelle. Cette dynamique, très implantée dans les pays anglophones, a plus de mal à émerger en France et nécessite donc une implication toute particulière des directeurs d’établissements et services.