Bénévoles, familles et usagers face à la maltraitance

 


SYNTHESE REALISEE PAR
JEANNE CHABBAL
Responsable des publications

 

 


La FEHAP, l’UNAFAM, l’UNAF,  le CNRPA, la FNAQPA, la FNADEPA, l’ASEI, l’APF, l'ADAPT,  la Direction générale de la cohésion sociale, le Défenseur des droits, l’Agence régionale de santé Rhône-Alpes et le Conseil départemental de la Sarthe, ont organisé le colloque « Nous n’en avons pas fini avec la maltraitance » le 8 mars 2016. Retour sur le point de vue des usagers, exprimé lors de cette journée.


 

Introduite par Alice Casagrande, Directrice de la formation et de la vie associative de la FEHAP, La première table ronde « Maltraitance, de quoi parlons-nous ? Le point de vue des usagers » du colloque s’est ouverte avec l’intervention de Bettina Roudeix, Cheffe de projet lutte contre la maltraitance à l’association Les petits frères des pauvres. 

 

Reconnaître la parole des bénévoles

Agression, peur, représailles, crainte : tels sont les mots par lesquels les personnes âgées désignent la maltraitance. Celle-ci prend des formes très diverses dont les bénévoles sont les confidents : visite à domicile contre retrait bancaire, parents battus par leurs enfants revenus vivre chez eux, changement brusque d’alèse en EHPAD vécu comme une agression. Comment alerter les services sociaux sans mettre en péril la relation de confiance tissée avec la personne vulnérable ? Comment s’adresser aux responsables de l’EHPAD sans être perçu comme accusateur ? C’est la place du bénévole qui est questionnée dans ces situations. Très bien reconnu par l’ensemble des partenaires dans l’accompagnement au quotidien, sa position peut-être fragilisée quand la maltraitance survient. Bien qu’il ne soit pas représentant légal, sa parole et son récit doit pouvoir être entendue et reconnue dans ces situations.

Françoise Vagner, membre du Comité national des retraités et personnes âgées (CNRPA) a ensuite souligné l’importance de la maltraitance passive qui s’exerce dans les établissements et au domicile. Moins spectaculaire, elle n’en est pas moins parfois quotidienne. Dans les établissements, les deux principales causes sont le manque de personnel et le manque de formation. L’accompagnement des personnes âgées requiert écoute, empathie et soin, qu’elles aient ou non toute leur tête. Les besoins sont de plus en plus complexes et diversifiés. En ce qui concerne la toilette, il y a les personnes qui réclament une douche tous les jours et celles qui ne veulent plus être lavées. Le manque de personnel peut faire qu’on ne satisfait ni l’une, ni l’autre de ces demandes. Quand la toilette est chronométrée à 15 minutes, comment faire pour convaincre la personne en douceur ? Il y a aussi les couches qu’on impose ou qu’on change trop peu, l’absence de réponse à une demande, les repas froids trop vite donnés. Comment répondre en un temps raisonnable à une demande quand on est seul ? Sans compter que le coût d’un séjour en établissement, qui engloutit souvent la totalité de la pension et des biens de la personne âgée, est également une source de maltraitance.

 

Bettina Roudeix (Les petits frères des pauvres) :
« La position du bénévole peut-être fragilisée quand la maltraitance survient »

 

Professionnels et aidants également concernés

 La maltraitance concerne aussi les salariés. Le sentiment de ne pas réussir à faire son travail correctement, de ne pas apporter aux personnes ce dont elles ont besoin, faute de temps, est aussi une souffrance qui s’ajoute à un travail souvent difficile et parfois ingrat. La formation est primordiale, car il y a une approche particulière à la personne âgée. Mais il ne s’agit pas de formation des seuls soignants, tous les personnels doivent être formés pour faire équipe, des cuisiniers à l’hôtesse d’accueil, en passant par les femmes de ménage.

 

Michèle Drioux (UNAFAM) :PoPSS 245 - Formation - Fleur

 

« Le refus de soigner une personne dans le déni de sa maladie est

  une maltraitance absolue »

 

Quant au domicile, il requiert toute notre vigilance car ceux qui y interviennent entrent dans l’intimité de la personne. Des formations ont été créées avec des salaires plus élevés. Le risque des enveloppes budgétaires fermées est de devoir choisir entre embaucher peu de salariés qualifiés et distribuer moins d’aide ou embaucher davantage de personnel non qualifié moins coûteux pour en distribuer davantage mais de moins bonne qualité. Le CNRPA se prononce pour une professionnalisation des salariés de l’accompagnement. Il faut créer de véritables filières d’accompagnement de la personne afin de permettre le déroulement de carrière pour le personnel.

La maltraitance atteint aussi les aidants qui peuvent être aussi très âgés. Le répit prévu par la loi est insuffisant. Il faut inventer des lieux d’accueil temporaires spécifiques de jour, de nuit, de semaine. Les aidants peuvent aussi être des salariés pour qui il est nécessaire d’obtenir des droits.

 

Le paradoxe de la loi maltraitante

Michèle Drioux, Administratrice de l’Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (UNAFAM) a,quant à elle,soulevé un paradoxe : l’application des lois protectrices de la liberté individuelle peuvent conduire à la maltraitance des personnes en les privant de l’accès aux soins que leur état nécessite. Les lois de 2002 ont imposé le respect de la dignité, de l’intégrité, de la vie privée, de l’intimité et de la sécurité de la personne, la recherche et le respect de son consentement éclairé. Comment concilier droit des usagers en psychiatrie, protection de la personne et obligation de soin ? Dans son déni, le patient en souffrance psychique refuse avant tout la maladie. Ce refus résulte de la maladie et entraîne le refus des soins. Or, l’absence d’intervention dans les maladies évolutives peut générer une aggravation, une chronicisation, voire un passage à l’acte, sans oublier les répercussions invalidantes. Par exemple, des parents se heurtent à un refus d’hospitalisation. Conséquence : 9 mois d’errance qui se terminent par une hospitalisation à la demande d’un représentant de l’État. Pour les personnes handicapées psychiques, les soins forcés peuvent être vecteurs de bientraitance.

 

Françoise Vagner (CNRPA) :
« Quand la toilette est chronométrée à 15 minutes, comment faire pour convaincre la personne en douceur ? »

 

Quelle liberté pour une personne qu’une altération de ses facultés mentales rend momentanément inapte à prendre une décision vitale pour se protéger sur le long terme ? A-t-on le droit d’obérer son autonomie future en refusant une intervention contraignante, mais protectrice au temps présent ?

La prise en compte du décalage temporel entre le fait d’être titulaire d’un droit et être sujet de droit, et de l’incapacité pathologique à analyser son propre cas, nécessite la mise en place d’actions en partenariat étroit entre les soignants, les familles et tous les intervenants sollicités en évitant brutalité et humiliation. La formation des intervenants leur permettra d’adopter les bons gestes et de prendre le recul nécessaire à l’analyser des problèmes. Il ne faut pas penser qu’une personne qui a un comportement agressif peut être traitée d’une façon violente.

La réciprocité stricte serait ici source de maltraitance et les professionnels devraient être aidés à surmonter leurs gestes-réflexes.

 

1570-1632-thickboxPerspectives Sanitaires et Sociales vous propose de revenir sur cet évènement en plusieurs épisodes. Rendez-vous dans les actualités de ce numéro et dans la rubrique « formation » du prochain.

Zoom sur

QUELQUES PISTES POUR CHEMINER VERS LA BIENTRAITANCE

  • Savoir prendre en compte la parole des bénévoles en cas d’alerte
  • Former les professionnels en contact avec des personnes vulnérables, mais aussi les autres salariés des établissements à une culture du « prendre soin »
  • Savoir imposer les soins en cas de déni de la maladie
  • Travailler en partenariat entre soignants, familles et intervenants