Handicap : Optimiser l’autonomie, donner la parole aux usagers


Propos recueillis par Suzanne Malissard,
Conseillère santé-social


 

Vingt-quatre départements pionniers ont démarré la mise en œuvre de la mission « Une réponse accompagnée pour tous ». L’objectif est de proposer une réponse immédiate construite en fonction des possibilités d’offres locales et un accompagnement de la personne en situation de handicap et de sa famille. Responsable de ce projet, Marie-Sophie Desaulle revient ici sur ses enjeux et ses articulations avec l’action des responsables de structures.

 

Qu’est ce qui est attendu d’un gestionnaire d’établissements et services sociaux et médico-sociaux dans le cadre du projet réponse accompagnée ?

Ce qui me semble important, c’est tout d’abord de prendre ce qu’on pourrait appeler le virage inclusif, c’est-à-dire de se poser systématiquement la question de savoir quelle est la réponse qui permet de prendre en compte le potentiel d’autonomie

« La question est de savoir quelle est la réponse qui permet de prendre en compte le potentiel d’autonomie de chaque personne »

« La question est de savoir quelle est la réponse qui permet de prendre en compte le potentiel d’autonomie de chaque personne » de chaque personne. Le deuxième sujet, pour un gestionnaire est d’interroger son organisation et les pratiques professionnelles dans son établissement pour que le projet individualisé de la personne prime toujours sur le projet de l’établissement. Le troisième élément tourne autour de la participation de la personne et de son entourage aux prises de décisions la concernant mais aussi plus généralement la prise en considération des compétences des pairs aux côtés et en articulation avec les compétences des professionnels.

 

Quelles sont les actions à mettre en œuvre ?

Tout d’abord il faut s’engager résolument dans la négociation de contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM). Les CPOM doivent partir d’un diagnostic des besoins des personnes sur le territoire et concevoir des réponses individualisées, ils doivent permettre de passer d’une logique de place à une logique de réponse. Pour un responsable d’établissement, il y a un travail important de changement des organisations et des pratiques professionnelles et donc un nécessaire accompagnement des professionnels. Dans ce cadre-là, il y a une mobilisation particulière à avoir vis-à-vis du management intermédiaire et un accompagnement du développement de la fonction de coordination du parcours des personnes, qui est partie intégrante du métier de travailleur social et qui doit être remise en valeur. Il est également essentiel de développer les coordinations avec les autres acteurs.


« Le levier le plus puissant est la parole des personnes qui vivent les situations que rencontrent les usagers au sein des établissements »

En effet, la continuité des parcours qui est recherchée par tous ne pourra exister que si chacun apprend à travailler avec l’autre et à partager des informations qui doivent être structurées dans un dossier.

 

Y-a-t-il un chantier auquel vous êtes particulièrement attachée dans la mission ?

Le chantier qui me semble le plus important est l’évolution des pratiques professionnelles. L’enjeu est d’accepter d’interroger ses propres pratiques mais aussi que sa pratique soit interrogée par les personnes en situation de handicap ou leur entourage. Je demeure convaincue que le levier le plus puissant pour faire évoluer les réponses est la parole des personnes qui vivent ou ont vécu les situations que rencontrent les usagers au sein des établissements. Que l’on parle de « médiateur pair », faisant partie des équipes, de coaching par des pairs ou de formations organisées au sein des équipes par des pairs, dans tous les cas de figure, il s’agit bien d’accepter le regard des personnes concernées et surtout d’accepter l’expertise d’usages à côté et en complément de l’expertise professionnelle. Cette dynamique, très implantée dans les pays anglophones, a plus de mal à émerger en France et nécessite donc une implication toute particulière des directeurs d’établissements et services.