Un documentaire participatif


Margot Kohl,
Observatoire de l’innovation Nov’ap


 

Le Foyer Saint-Louis de Villepinte (Seine-Saint-Denis, Île-de-France), en partenariat avec l’association Périphérie et Imaginem, a relevé le défi du documentaire participatif en mettant la caméra entre les mains du sujet du film. Une initiative innovante bénéfique à tous pour changer le regard sur soi-même et celui des autres.

 

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En 2011,  Béatrice Argentin, Directrice du Foyer-Maison d’accueil spécialisée (MAS) Saint-Louis de l’association de Villepinte, a ouvert ses portes au cinéaste Philippe Troyon.  Mettre la caméra entre les mains du personnel sur leur lieu de travail, tel est le souhait de l’association Périphérie et de son partenaire Imaginem. Depuis 1994, les deux associations mettent en place des « Observatoires documentaires » dans des lieux de travail, afin de sensibiliser le personnel au cinéma documentaire de création pendant leur temps de travail. Cela lui permet non seulement de valoriser son milieu professionnel mais aussi d’instaurer un partage entre le cinéma documentaire et le monde du travail. Le travail du cinéaste Philippe Troyon s’inscrit dans une démarche de « compréhension des relations humaines et sociétales avec un outil, le cinéma, mais surtout la parole », comme il l’énonce lui-même. Les professionnels s’interrogent ensemble sur « comment filmer le réel, sa part invisible, comment filmer l’autre, être filmé soi-même, filmer la parole, les corps au travail » dans une démarche en trois temps. Le premier est une approche théorique du cinéma documentaire en présence de réalisateurs.

 

« Valoriser son milieu professionnel et instaurer un partage entre le cinéma documentaire et le monde du travail »

 

Cette phase permet aux participants de se familiariser avec le cinéma et son approche documentaire à travers des extraits de films, mais aussi la peinture et la photographie « documentaire ». Les évolutions techniques qui ont accompagné, voire orienté, l’évolution du documentaire sont aussi évoquées. Dans un second temps, un projet est conçu collectivement par les participants, ce qui implique l’intention d’écriture, le tournage et le montage du film. Enfin le film est diffusé et accompagné par les équipes devant divers publics.

 

Responsabilité juridique, mémoires, échanges avec les habitants

Trois projets ont été réalisés dans le cadre de ce partenariat. Lors du premier travail, l’équipe professionnelle de ce foyer de vie pour personnes en situation de handicap a choisi de réfléchir à la question de la responsabilité juridique des résidents. Le scénario développé par la MAS de Villepinte raconte la vie à l’intérieur du foyer, par le ressenti et le témoignage de parents. « Vies d’ici, vues d’ici » a été primé au festival d’action social de l’IRTS en 2012.

La deuxième phase, « Mémoires de résidents », s’est concentrée sur l’importance du corpus mémoriel en partenariat avec les Archives départementales, afin de comprendre les enjeux de la constitution d’une mémoire, à l’aide des films et images réalisés.

La troisième phase « Être dans la lumière » place les résidents de la MAS de Villepinte au cœur du dispositif. L’objectif est d’échanger et de partager avec les habitants de Villepinte, permettant aux résidents de s’affirmer comme étant habitants et citoyens. Théâtre, écriture-dessin, photographie et cinéma sont les quatre ateliers complémentaires pratiqués lors de cette démarche. « Mémoire » et « identités » ont été les maîtres-mots de ce processus créatif, qui a encouragé les résidents à partager avec les personnes qui les entourent, qu’elles soient parents, tuteurs, personnels de l’établissement, habitants ou élus de Villepinte. Sous la lumière des projecteurs, pendant une semaine, les résidents se sont prêtés à faire des portraits filmés et des castings imaginaires. Ces travaux permettent de révéler leur identité. Dans les « portraits muets », nous sommes face à face avec les participants avec pour seule perturbation le fond sonore du tournage. Même face à son écran, le spectateur a l’impression de rencontrer le résident lors de courtes scènes. Dans « paroles de résidents », nous entrons davantage dans les personnalités individuelles, la vie des résidents, leur perception de la ville et de leur environnement. Les personnes partagent ce qu’elles aiment, ce qu’elles font, d’où elles viennent. Cela leur permet non seulement d’inscrire leur identité dans l’environnement dans lequel elles évoluent, mais aussi pour le spectateur de porter un autre regard sur elles. Les « castings » avaient quant à eux pour objectif de mettre les résidents dans différentes situations,

 

« Être perçu mais aussi se percevoir différemment »

 

notamment la peur, la colère, le rire par exemple, mais aussi leur faire imiter des scènes de films. Ces différents exercices présentent les résidents dans divers états que nous n’avons pas l’habitude d’appréhender au quotidien. L’exposition à la médiathèque de Villepinte a été l’occasion pour les résidents d’interroger les habitants de la ville. Avec pour volonté de briser les frontières, ces rencontres ont permis un témoignage des habitants. Ainsi, les différences s’estompent et laissent place à l’humain et au partage.

 Dans sa globalité, ce travail constitue une réflexion sur les relations entre les résidents, le personnel, les parents, les habitants et les autres personnes qu’ils côtoient dans leur vie de tous les jours. Le film et les expositions de photos sont les produits finis, mais ils ne sont que la partie émergée de tout le travail réalisé en amont.

 Ce beau projet, réalisé collectivement, est en adéquation avec son objectif de partage et d’échange, et nous offre non seulement un autre regard sur le handicap et le personnel encadrant, mais leur permet aussi de se voir différemment.

 film-reel-by-deepsearch-on-deviantart-A2EG7G-clipart 2

1570-1632-thickboxPour visionner la bande annonce de « Vies d’ici, vues d’ici », rendez-vous sur le site d’Imaginem : www.imaginem.fr, « observatoires-documentaires ».