Discours du Président

Le « bénévolat dans nos organisations Privées Non Lucratives »

 

Antoine Dubout,

Président de la FEHAP

 

Le bénévolat est au cœur du modèle social Privé Non Lucratif et les bénévoles de gouvernance tiennent une place prépondérante dans ces structures. Les bénévoles d’accompagnement exercent au plus près des usagers et de leurs attentes. Ensemble, ils rendent possible la prise en charge et le soin dans les établissements et services PNL.

 

Le bénévolat touche au cœur de notre modèle social et c’est une des spécificités, unique et propre, de notre secteur interpelant au fond notre volonté de vivre ensemble et notre capacité individuelle à donner du temps. C’est en réponse à la crise actuelle, au cœur d’un humanisme ne cherchant pas à « monétariser » tous les actes, à financiariser tous les sujets.

 Cette thématique doit être abordée selon deux formes : le bénévolat d’accompagnement et le bénévolat de gouvernance.

 Le « bénévolat d’accompagnement » des personnes, qu’il soit ponctuel ou pérenne, est on ne peut plus vivace et suscite un réel engouement en France, comme le montre l’enquête que nous avons récemment conduite.Le bénévolat d’accompagnement s’exerce au plus près des usagers et de leurs attentes. Il est au cœur du savoir-vivre ensemble.

 A l’instar d’autres organisations caritatives ou de lutte contre les discriminations, la FEHAP accueille dans ses établissements et services des femmes et des hommes donnant de leur temps et de leur énergie pour maintenir les personnes fragiles ou vulnérables dans la communauté des citoyens et faire en sorte qu’elles ne soient pas réduites à leur pathologie ou à leur faiblesse. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage aux bénévoles qui permettent l’accomplissement quotidien de la citoyenneté des personnes dont le handicap, la maladie ou la difficulté sociale a compromis l’autonomie. L’accès au droit, l’exercice des devoirs, la participation et l’expression sont des enjeux fondamentaux qui deviennent particulièrement saillants dans des contextes de vulnérabilité.

 Cette première forme de bénévolat, vitale pour les organisations associatives, nous oblige cependant à penser l’articulation entre société civile et mondes hospitalier, médico-social et social, ainsi que la complémentarité entre salariés et intervenants bénévoles qui doivent apprendre à mieux se connaître et à différencier clairement leurs places respectives. Ce questionnement, pas toujours facile à aborder et pouvant générer des conflits, fait l’objet de l’un des ateliers de cet après-midi.

 Le bénévolat d’accompagnement porte aussi en lui les défauts des qualités qu’il requiert : engagement désintéressé, investissement personnel fort, spontanéité et demande parfois à être encadré. Etre bénévole ne signifie pas ne pas avoir de contraintes. Aussi, l’engagement peut être formalisé par une « charte », sorte de contrat librement fixé par le bénévole l’engageant auprès de la structure à laquelle il souhaite consacrer du temps. Par exemple, « Je m’engage à être présent tel ou tel jour pour distribuer des colis alimentaires et je m’y tiens, quelles que soient les autres sollicitations dont je peux faire l’objet » car mon aide est attendue. Vous en parlerez cet après-midi en atelier.

 L’engagement personnel du bénévole ne doit pas non plus aller à l’encontre du travail des salariés et des décisions professionnelles engageant le parcours d’accompagnement ou de soin de l’usager. Je pense notamment à ceux œuvrant dans les unités de soins palliatifs, par exemple. Un article abordera d’ailleurs l’initiative bénévole de la « Journée des toques », qui se tient à la Maison Médicale Jeanne Garnier, spécialisée dans la prise en charge des personnes en fin de vie.

 Le bénévole doit rester à sa place et il faut le former à le faire ! Il faut former les bénévoles à occuper et à tenir le rôle qui est le leur et non pas celui des salariés. Même s’ils sont rares, il ne faut pas non plus nier les risques d’infiltration des associations par des mouvements sectaires ou utilisant le bénévolat comme paravent à d’autres objectifs. Nous nous devons de rester vigilants afin d’endiguer ces phénomènes, certes marginaux, mais décrédibilisant les personnes réellement investies auprès de ceux qui en ont besoin.

 

 La seconde forme de bénévolat que je nommerai le « bénévolat de gouvernance » est constitutive du secteur Privé Non Lucratif et de la FEHAP dont il est une des spécificités. Il s’agit d’un bénévolat d’administration des structures se manifestant par le fait de présider un établissement ou de faire partie de son Conseil d’Administration. Cette forme de bénévolat nécessite un engagement de travail et de responsabilité très fort car, ici comme ailleurs, la qualité de la structure gérée est directement liée à la qualité du travail, de la formation et de l’engagement de ses dirigeants et de ses administrateurs.

 Les situations varient en fonction de la taille des structures et dans les petites associations les administrateurs ne peuvent souvent pas s’appuyer sur une équipe. L’origine de l’engagement des bénévoles de gouvernance est parfois à rechercher dans leurs expériences personnelles ou familiales : des parents d’enfants handicapés, des personnes ayant vécu la perte d’autonomie d’un proche, se retrouvent parmi les administrateurs de structures prenant en charge et accompagnant les difficultés de vie qu’ils ont eux-mêmes connues.

 Pour se maintenir et perdurer en tant que modèle de gestion, le bénévolat de gouvernance doit faire face au défi majeur du recrutement et du rajeunissement de sa pyramide des âges, ainsi que de sa féminisation. Car, si le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire est largement investi par le travail des femmes, elles ne sont que 36 % à faire partie d’un Conseil d’Administration !

 Il est parfois difficile de recruter des administrateurs, notamment en raison de la charge de travail que requiert l’exercice de ces fonctions. Pour les jeunes actifs, se pose le problème de la compatibilité entre engagement associatif et activité professionnelle.

 (Si je vous parle aujourd’hui en jeune retraité, je peux personnellement témoigner de mes très récentes années de cumul de responsabilités professionnelles et associatives).

 Les jeunes bénévoles actifs doivent apprendre à jongler entre plusieurs emplois du temps dont les logiques et les enjeux ne se recoupent pas toujours.

 Si le vivier des retraités est le plus à même de grossir les rangs des bénévoles de gouvernance, il ne doit pas en être la seule ressource. Car une pyramide des âges trop déséquilibrée ne peut être profitable à la structure concernée. Actuellement, le ratio est d’un tiers de moins de 60 ans et de deux tiers de plus du même âge. Le risque de décalage entre les enjeux de la vie moderne - je pense notamment aux nouvelles technologies -, les besoins des usagers (notamment les jeunes publics) et les préoccupations d’administrateurs trop grisonnants est important !

 Il faut amener les structures à réfléchir sur leur propre composition. Par exemple, à Saint-Joseph, la part des plus de 72 ans est limitée au tiers du Conseil d’Administration. Une trop importante longévité à la tête d’une association, surtout lorsqu’il s’agit d’une petite structure, implique quant à elle le risque de s’en sentir propriétaire pour celui qui l’a créée, limitant ainsi les perspectives de renouvellement dont elle a paradoxalement besoin pour s’inscrire dans la durée.

 Cette réflexion va de pair avec la problématique du sens de notre action et de la place du secteur Privé Non Lucratif dans nos sociétés. Il faut la susciter.

 Il faut donc trouver les moyens d’intéresser les jeunes à la fonction d’administrateur, mettre éventuellement en place des structures proactives dédiées à leur recrutement et au repérage des « énergies disponibles », mais aussi potentiellement revoir les fondements de la division du travail au sein des Conseils d’Administration. Les liens entre administrateurs et directeurs pourraient être repensés et, plus généralement, les relations entre les bénévoles de gouvernance et les salariés des organisations, l’ensemble de ces acteurs étant lié par des objectifs communs sans cesse à réaffirmer.

 Un président devrait ainsi pouvoir confier des dossiers à plusieurs administrateurs sur la base de délégations claires à durée limitée, impliquant des moyens tant matériels qu’humains de l’organisation.

 

 Enfin, bénévolats de gouvernance et d’accompagnement sont intimement liés. L’un ne peut fonctionner sans l’autre.

Ces deux types de bénévolat questionnent les piliers d’engagement de notre société républicaine que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. La Liberté nous renvoie au choix d’une société ouverte et entreprenante mais aussi aux excès du libéralisme de la première partie du XXe siècle et à la crise économique des années 30, et plus récente. Et c’est le choix de l’engagement dans la solidarité que nous avons fait qui permet notamment de contenir ces travers.

 L’Egalité est l’idéal que nous devons atteindre : égalité dans l’accès aux soins, aux services et aux possibilités de prises en charge, égalité face à la loi. Elle nous renvoie aussi à certains excès des utopies égalitaires qui ont jalonné la deuxième partie du XXe siècle.

La Fraternité, elle, ne se décrète et ne s’impose pas. Pour être fraternels, il faut être deux. La réflexion sur le bénévolat préempte l’idée de Fraternité. Comme nous le disait, Jean-Louis Sanchez, Délégué Général de l’Observatoire de l’Action sociale, lors du dernier Congrès de la FEHAP, seule la Fraternité peut relier Liberté et Egalité, pour renforcer les solidarités et les coopérations et inspirer des changements individuels et collectifs. Elle est, en quelque sorte, une forme de contre-pouvoir face aux excès potentiels de la Liberté et de l’Egalité.

 

Voilà pourquoi la FEHAP met le bénévolat au centre de ses préoccupations. Voilà pourquoi la FEHAP s’est engagée dans une démarche de formation pour faire prendre aux bénévoles toute la responsabilité de leur engagement, responsabilité qu’ils choisissent d’exercer vis-à-vis des personnes et des pouvoirs publics. Le bénévolat de gouvernance doit retrouver la totalité de sa place et de sa légitimité dans une vision de la société plus fraternelle. Le champ de cette responsabilité est suffisamment important et empreint de gravité pour que nous y engagions de manière urgente les moyens nécessaires à la pérennité de notre mouvement Privé Non Lucratif si particulier.