Place de la santé : 5 questions à Thierry Beaudet, Président de la Fédération Nationale de la Mutualité Française

Propos recueillis par Elise Perrot, Responsable des publications.

 

Pour débattre des grandes questions de santé et de protection sociale et interpeller les candidats et candidates à l'élection présidentielle, Thierry Beaudet, Président de la Fédération Nationale de la Mutualité Française, a lancé le site participatif www.placedelasante.fr. De l'idée à la mise en oeuvre, retour sur ce dispositif d'ampleur.

 

Comment vous est venue l’idée de mettre en place le site participatif placedelasante.fr ?

A l’origine, nous redoutions que la santé soit la grande absente des débats, comme cela avait été le cas lors des élections présidentielles précédentes. Or, nous savons que la santé et la protection sociale constituent des préoccupations majeures pour les Français, car ce sont des enjeux qui les concernent au quotidien. Nous avons donc souhaité mettre en place un dispositif qui place la santé au sens large - et non pas seulement la santé de la sécurité sociale - au cœur des débats.

Pour cela, nous souhaitions être des porte-voix, interpeller les candidats et relayer les demandes des mutualistes et de nos concitoyens. La mise en place d’un site participatif nous a donc paru essentielle et plus pertinente que la création d’une simple plateforme de propositions politiques. L’esprit même d’un site participatif fait écho aux ambitions de notre mouvement mutualiste qui représente une forme d’entreprendre encourageant la participation. L’objectif majeur sous-tendu était d’interpeller les candidats afin qu’ils formulent des propositions concrètes sur la santé des Français.

Le 1er décembre 2016, nous avons donc lancé le site participatif PlacedelaSanté.fr, en partenariat avec les think tanks Fondapol, la Fondation Jean-Jaurès et Terra Nova qui nous ont apporté leur vision et leur analyse sur ces sujets. Ce site devait répondre à plusieurs exigences : éclairer les lecteurs sur les grandes questions de santé et de protection sociale en leur proposant un contenu pédagogique et analytique, décrypter le programme des candidats grâce à des évaluations chiffrées de certaines mesures et offrir aux internautes la possibilité d’interpeller les candidats sur leurs propositions en matière de santé et de protection sociale.

Vous expliquez que vous souhaitiez « mettre la santé au cœur des débats », est-ce un pari réussi ?

Le résultat a dépassé nos espérances. Nous avons comptabilisé sur le site PlacedelaSanté.fr près de 300 000 visites, près de 400 interpellations et de très nombreuses tribunes de mutualistes bien sûr, mais aussi de politiques ou de professionnels de santé.

L’évènement, organisé le 21 février, a réuni Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan,  Benoit Hamon,  Yannick Jadot, et  François Fillon. A cette occasion, ils ont répondu aux questions des think tanks et aux interpellations des Français postées sur le site participatif PlacedelaSanté.fr et nous ont dévoilé leurs propositions en matière de santé.

 Quelles sont les premières préoccupations des Français en matière de santé selon vous ?

Si nos concitoyens sont convaincus que nous avons un bon système de santé et de protection sociale, ils redoutent que demain soit moins bien qu’aujourd’hui ou qu’hier. Selon un sondage Harris Interractive pour la Mutualité Française, plus de 6 Français sur 10 considèrent que le système de santé de leur pays fonctionne bien aujourd’hui. Néanmoins, près de la moitié d’entre eux estiment que le système de santé en France s’est dégradé au cours des 5 dernières années et plus de 2 Français sur 3 se disent pessimistes pour l’avenir de celui-ci.

Leurs préoccupations sont de deux ordres. Tout d’abord, la question des restes à charge les préoccupe. C’est vrai pour les dépassements d’honoraires, pour le dentaire, l’optique et l’audioprothèse… Si l’on regarde la distribution des dépenses de santé en pourcentage, on peut considérer qu’elle est relativement stable : la Sécurité Sociale rembourse 77% des dépenses de santé, les complémentaires 14% et finalement 9% restent à la charge des Français. Ces quinze dernières années, ces parts ont peu varié. En revanche, en montant, il en va tout autrement. En quinze ans, les dépenses remboursées par les complémentaires santé ont augmenté de 80% et le reste à charge des Français de 40%, c’est plus de deux fois l’inflation. Cela signifie que pour les Français, le coût de la santé a bel et bien augmenté.

La deuxième préoccupation est très concrète et très quotidienne pour les Français, elle concerne l’accès à des soins de qualité. C’est par exemple le médecin de famille qui va bientôt prendre sa retraite et pour lequel on se demande s’il sera remplacé, c’est la question des délais d’attente pour consulter un spécialiste qui ne cessent de s’accroître, c’est le parent qui devient dépendant et dont on ne sait pas comment s’organisera la prise en charge. Ce sont des enjeux majeurs pour les citoyens.

Quelles suites comptez-vous donner à ce dispositif d’ampleur ?

Il y a un droit de suite maintenant. Le site a été mis à jour avec les nouvelles propositions ou les précisions apportées par les candidats et nous avons  décrypté et chiffré ces nouvelles mesures.

Ce dispositif nous offre également la possibilité de rebondir légitimement sur les politiques qui seront mises en place durant le prochain quinquennat et de les évaluer.

Qu’attendez-vous du prochain quinquennat ?

Nous plaidons pour un Etat moins omniprésent et davantage stratège, qui fasse confiance aux acteurs, comme cela est déjà le cas dans de nombreux territoires. Il faut construire un contrat de confiance entre tous. En tant que mutuelles, nous avons un rôle majeur à jouer aux côtés de l’Etat, de la Sécurité sociale, des professionnels de santé et des usagers. 

Zoom sur

Ce que propose la FEHAP en matière de financement du système de santé et de protection sociale :

 

#088 Créer un Objectif régional de dépenses d’assurance-maladie (ORDAM).

#093 Donner à chacun un relevé annuel de ses prestations monétaires et autres dépenses dont il a bénéficié de la part de la protection sociale.

#097 Assurer une égalité de traitement avec le secteur public, notamment dans l’accès à différentes enveloppes (FMESPP, MIGAC).

#098 Proposer une égalité de traitement pour ce qui concerne les modes d’exercice et les revenus professionnels des médecins.

#099 Instaurer la fongibilité des enveloppes libérales, sanitaires, sociales et médico-sociales, au niveau régional.

#100 Elaborer une étude nationale de coûts pour les soins de ville.

#101 Poursuivre l’objectivisation des écarts coûts/tarifs.

#102 Adopter le principe d’un remboursement par la collectivité sur la base du coût démontré.

#103 Financer le panier de soins obligatoires par la collectivité via une assiette fiscale élargie.

#104 Financer les complémentaires obligatoires (dont les prestations sont définies par la loi) par des charges sociales sur les salaires ou la contribution sociale généralisée (CSG).

#113 Mieux prendre en compte le surcoût Domien et avoir une convergence tarifaire des établissements avec ceux de métropole.