Porter un projet de société avec l’évaluation de l’impact social

Intervention de Sébastien Goua, Responsable Innovation, Siel Bleu.

Propos recueillis par Elise Perrot, Responsable des publications.

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Créée en 1997 par deux professeurs d’activité physique qui avaient réalisé leurs stages en maison de retraite et se sont découverts une vocation dans l’aide aux personnes les plus fragiles, Siel Bleu met aujourd’hui en place de nombreux programmes d’activité physique sur tout le territoire. Son principe fondateur est profondément humaniste puisqu’il consiste à « rendre l'activité physique accessible et adaptée à chacun, quelle que soit sa fragilité : physique, cognitive ou sociale ». Ainsi, Siel Bleu se sert de l’outil « activité physique » pour améliorer le bien-être mais aussi la santé de publics plus ou moins dépendants. En tout, ce sont 600 salariés diplômés de la filière universitaire sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) qui déploient des activités physiques destinées aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap, aux malades chroniques et ce dans divers lieux, à domicile, en entreprise, en structures collectives.

Prouver l’utilité de son action

Au-delà d’aider à « retrouver le sourire », l’utilité d’une telle démarche est multiple. Le mieux-être et un gain en qualité de vie pour l’usager tout d’abord. De réels résultats en matière de santé ensuite. Enfin, un impact économique puisque l’activité physique en tant qu’action préventive limite les coûts de dépenses en santé en évitant les rechutes notamment et elle permet la création d’emplois en particulier pour les professeurs d’activité physique. Les avantages induits sont innombrables. Sébastien Goua souligne que l’association Siel Bleu a toujours ressenti le besoin de devoir justifier l’impact de son action, auprès des médecins notamment, pour montrer qu’ils ne sont pas de « simples animateurs à la baballe » et qu’ils peuvent « contribuer à la mise en place d’un système de santé plus doux et plus efficace pour les personnes ».

Un nouvel outil, les contrats à impact social

Et pour cela, Sébastien Goua croit en l’évaluation de l’impact social. Un nouvel outil des plus innovants, « les contrats à impact social » arrivés en France en 2016 et tout droit débarqués d’Angleterre[1], terre de l’évaluation des politiques publiques.

En France, c’est l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), qui aide des personnes éloignées du marché du travail et du système bancaire à créer leur entreprise et ainsi, leur propre emploi grâce au microcrédit, qui est la première à porter un projet sélectionné et labellisé comme « contrat à impact social ». Quel objet ? Proposer une solution pour accompagner des personnes dans leur projet de réinsertion professionnelle lorsqu’elles habitent en zone rurale reculée en rassemblant des acteurs aussi différents que BNP Paribas, le ministère des finances ou le cabinet d’audit KPMG.

Selon Sébastien Goua, ces contrats permettent « d’identifier un besoin social et de proposer une solution ». Ils peuvent permettre à une association de mener à bien un projet innovant et générateur d’économies pour les pouvoirs publics, tout en faisant porter le risque financier à des investisseurs privés.

Le mécanisme est clairement construit : un besoin social est identifié, comme éviter le risque de fractures à titre d’exemple, un acteur social comme Siel Bleu peut proposer une solution innovante, des investisseurs privés sollicités se chargent de financer le projet. Ensuite, un évaluateur indépendant mesurera les résultats du programme c’est-à-dire l’utilité pour les usagers et les coûts évités pour la puissance publique. C’est en fonction de ces résultats que les pouvoirs publics décident ou non de rembourser la somme investie par les investisseurs privés en cas de succès, à laquelle s’ajoute un bonus.

Sébastien Goua reconnaît que ce dispositif questionne la place et le rôle de l’Etat ainsi que celles des investisseurs. Pour autant, il estime que « cet outil met les acteurs face à leurs responsabilités » et suit une tendance nouvelle, celle des entreprises qui cherchent de plus en plus à avoir un vrai impact sur des mesures sociales.

A travers l’expérience de Siel Bleu, Sébastien Goua a permis de décrire l’utilité pour une structure ou une association d’évaluer son impact social, outil dont la vocation, « n’est pas seulement de réduire les coûts et de faire des économies mais bien de porter un vrai projet de société ».

Idées reçues

Sébastien Goua a tenu à démentir certains préjugés. Ainsi, évaluer son impact, ce n’est pas seulement rendre des comptes, l’évaluation permet aussi de se rendre compte. Si elle constitue un outil pour échanger avec ses partenaires, elle permet aussi de mieux appréhender les changements sociaux produits par son activité, d’améliorer ses pratiques, de renouveler la motivation de ses équipes.

Ce n’est pas non plus oublier l’humain. Quantifier, mesurer, objectiver, monétariser sont autant de termes qui peuvent donner l’impression d’oublier l’aspect « social » des actions. Pourtant, quelle que soit la méthode utilisée, le but est bien d’éclairer et de maximiser les effets produits sur l’humain ou sur la société dans son ensemble.

En outre, ce n’est pas réservé aux grandes structures. Toute structure qui s’engage dans une démarche d’évaluation d’impact social peut tout à fait adapter celle-ci aux moyens dont elle dispose.

Avant toute chose, il faut bien se préparer, savoir pourquoi on s’engage dans cette démarche et choisir une méthode adaptée à ses besoins et ses contraintes.

L’essence de la démarche évaluative

A la question « pourquoi évaluer son impact social ? », Sébastien Goua répond avec des exemples concrets.

A travers l’étude Happier, financée par la Commission européenne et mis en place dans 32 maisons de retraite en Europe, l’objectif est de changer le regard des parties prenantes. Ce programme vise à évaluer pendant deux ans l'efficacité de programmes d'activité physique adaptée (APA) sur la qualité de vie des résidents de maison de retraite et sur leur environnement humain et organisationnel. Avant le début du programme 1% des médecins étaient convaincus par les bienfaits de l’activité physique adaptée. A l’issue de l’étude, 96% d’entre eux l’étaient. En outre, l’amélioration des capacités de déplacement des résidents était de 87%. 

Avec le programme activ, Siel Bleu en partenariat avec l’Institut Curie, cherche à développer de nouvelles solutions d’accompagnement pour les personnes atteintes du cancer. Les études montrent clairement que l’activité physique a un impact sur la récidive du cancer. Le programme, visant à aider les femmes en post traitement d'un cancer du sein à reprendre une activité physique et un équilibre alimentaire de manière durable les aide reprendre confiance en elles et à éviter les récidives dans 30 à 50% des cas.

En guise de conclusion, Sébastien Goua a souhaité rappelé l’essence même de cette démarche, « nous utilisons ces outils de financement ou d’évaluation pour changer la vie des gens, rêver d’un monde où tout le monde se sente bien dans son corps et dans sa tête ; il faut accompagner le dernier, le plus fragile, et c’est essentiel pour que la société avance ».

 

Pour plus d’informations :

-          Sur Siel Bleu, rendez-vous sur www.sielbleu.org

-          Sur les contrats à impact social : https://www.economie.gouv.fr/contrat-impact-social

 

Groupe Associatif Siel Bleu

L'association Siel Bleu a été fondée en 1997 à Strasbourg par Jean-Daniel Muller et Jean-Michel Ricard, après l'obtention de leurs diplômes de la Faculté des Sciences et des Sports. La création de cette organisation à but non lucratif a pour objectif de faire reculer la dépendance, d'améliorer la qualité de vie et de maintenir les liens sociaux à l'aide de l'activité physique. La forte conviction de Jean-Michel et Jean-Daniel ainsi que leur énergie à communiquer leur passion ont convaincu les médecins gériatriques que leur vision était viable, ouvrant alors les portes au développement de l'association sur tout le territoire français et dans tout type de structure : cours collectifs, maisons de retraite, domicile...Depuis sa création, Siel Bleu s'est développée rapidement. Plus de 600 salariés, professionnels en APA, interviennent pour l'association dans plus de 4000 établissements en France. Les différents pôles de Siel Bleu ont développé des programmes destinés à différents publics comme les jeunes retraités, les personnes âgées à domicile ou en établissement, les personnes en situation de handicap et les personnes atteintes de maladies chroniques ou de pathologies lourdes. Siel Bleu bénéficie du soutien d'Ashoka depuis 2006 et travaille depuis au renforcement de son positionnement dans l'entreprenariat social.

Chiffres clés

-          120 000 bénéficiaires

-          5000 lieux d’intervention en France

-           600 salariés diplômés de STAPS


[1] Ils sont l’adaptation française des « social impact bonds »