Fiche à destination des professionnels concernant l'accompagnement de personnes présentant des problématiques d'addiction ou des troubles de la santé mentale de le cadre de la pandémie COVID-19.

DESTINATAIRES
Travailleurs sociaux, personnels encadrant ou bénévoles des centres d’hébergement, résidences sociales,
pensions de famille, centres médicalisés spécialisés Covid, foyers de travailleurs migrants, etc…, les
professionnels accompagnant des ménages logés en logement social ou privé en cas d’interruption des
suivis habituels.


RISQUES LIÉS À LA SITUATION DE CONFINEMENT


• Augmentation du stress et de l’anxiété avec des réactions de colère, d’évitement, de violence
envers soi-même ou les autres. Décompensation de troubles psychiatriques pour des personnes
jusqu’alors stabilisées ;
• Difficultés d’accéder aux produits psychoactifs pour les personnes consommatrices pouvant
entraîner des violences liées aux situations de manque ou à de véritables syndromes de sevrages
(en cas d’arrêt brutal des consommations chez un consommateur dépendant) dont certains
sont des urgences médicales (delirium tremens, risque vital, sevrage aux opiacés) ;
• Consommation d’alcool rapidement et en forte quantité ou consommation d’autres produits
psychotropes de remplacement mal controlés par peur du manque ou favorisées par le stress du
confinement, avec risques de surdosage (notamment opioïdes) ou troubles du comportement
et chutes ;
• Rupture du confinement pour accéder aux produits habituellement consommés (contacts
rapprochés sur les lieux de deal ; sorties fréquentes pour acheter et consommer notamment
de l’alcool).
2 08/04/2020


MESURES PRÉVENTIVES À L’ÉCHELLE INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE DANS LES ÉTABLISSEMENTS


Les professionnels ont des savoir-faire qu’il s’agira de soutenir.
De nombreuses informations et recommandations pour mieux faire face à la crise sur le plan individuel
et collectif sont disponibles sur le site du PSYCOM : listes des dispositifs d’écoute pour les personnes et
les personnels, conseils pour préserver sa propre résilience, fiches diffusées par le Ministère chargé de la
santé, recommandations de l’OMS, etc… :
http://www.psycom.org/Actualites/Epidemie-et-confinement-ressources-utiles-pour-notre-santementale
Concernant l’alcool :
• Poser un cadre clair (en associant les personnes accueillies aux prises de décisions) et en informer
tous les résidents.
• La consommation d’alcool peut être permise au sein des structures d’accueil collectif et une
aide à la gestion des consommations pourra être proposée. Ces mesures exceptionnelles
seront inscrites dans le règlement de fonctionnement de la structure et seront maintenues
durant toute la période de confinement dans une optique de réduction des risques.
• Ne pas contraindre les consommations mais les sécuriser et ajuster les accompagnements
aux besoins de chaque personne accueillie.
• Ne pas imposer de quantité maximale car le manque entraînera des surconsommations
rapides qui sont à risque (troubles du comportement, chutes, etc.)
• Être informés sur les effets de sevrage en cas d’arrêt brutal ou de surdosage en cas
de surconsommation soudaine.
• Associer autant que possible l’alimentation à la consommation d’alcool et inciter les
personnes à se réhydrater régulièrement.
• Être vigilants autant que faire se peut aux associations de différents produits psychoactifs.
Concernant les autres produits psychoactifs (produits illicites, médicaments mésusés) :
• Être informés des effets de sevrage en cas d’arrêt brutal ou de surdosage en cas de
surconsommation ;
• Lorsque du personnel sanitaire est présent sur place ou en orientant vers une structure de soin
(Csapa ou Caarud ou officine de ville ou professionnel de santé) :
• Veiller à la continuité d’accès au traitement de substitution aux opiacés (TSO) pour les
usagers dépendants aux opioides, en lien avec un CSAPA de proximité ;
• Veiller à ce que les usagers consommateurs actifs aient accès au matériel de réduction des
risques et des dommages (kit d’injection, matériel de sniff) pour prévenir le sur risque de
contamination infectieuse, en lien avec les professionnels ressources (CAARUD, CSAPA) et
à la naloxone prête à l’emploi pour le traitement d’une surdose d’opioïdes (délivrable en
CSAPA, CAARUD ou en pharmacie en prescription médicale facultative);
• Aider les usagers à rester vigilants aux gestes barrière lorsqu’ils sont amenés à manipuler
des produits et leur matériel de consommation (lavage des mains notamment).
Concernant plus largement la santé mentale :
• Soutenir le cadre bienveillant et non stigmatisant de l’établissement afin de réduire les
situations de stress (formation brève des professionnels, proposition aux personnes accueillies
de recourir à une personne tiers pour un temps d’écoute et de réassurance, comme un levier de
décompression dans une situation confinée).
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• Mettre en place dans un cadre respectant la confidentialité et les mesures barrières, des espaces
pour des entretiens téléphoniques ou en visio, accessibles à chacune des personnes accueillies
le souhaitant.
• Il peut s’agir de consultations médicales, de soutien psychologique ou d’écoute proposées
par les professionnels de l’addictologie (notamment prescription de traitement de
substitution aux opiacés - TSO) et de la psychiatrie. (Information auprès des CSAPA,
CAARUD, CHS de psychiatrie ou Agences régionales de santé du territoire).
• En l’absence de CSAPA, CAARUD, ou équipe de psychiatrie de proximité et le cas échéant
des entretiens pourront être proposés par des travailleurs sociaux en télétravail qui se
référeront au guide Dihal « Outil de soutien téléphonique »
• Faciliter toutes les actions de mise en lien des personnes accueillies avec leurs proches : accès
aux réseaux sociaux, réseaux d’entre-aide et d’auto-support et plus largement l’accès aux cellules
nationales de soutien par téléphone.


TRAITEMENT DES SITUATIONS DE VIOLENCE ET DE TROUBLES DU COMPORTEMENT


• De la personne envers elle-même (tentative de suicide) : ne jamais minimiser la situation et
appeler la médecine de ville (notamment médecin traitant) pour une évaluation somatique ou
centre 15 si nécessaire. Se mettre en lien dans un second temps avec les équipes de liaison de
psychiatrie et/ou d’addictologie selon la situation.
• Dans le cadre de violence envers le collectif : isoler la personne au maximum et sécuriser les
autres accueillies. Si les mesures habituelles d’accompagnement des travailleurs sociaux ne
permettent pas d’apaiser la personne, faire appel aux forces de l’ordre. Un lien avec les services
de psychiatrie sera fait si nécessaire.


LES OUTILS ET RESSOURCES À DISPOSITION DES PROFESSIONNELS ET PERSONNES ACCUEILLIES


• Une réponse disponible 7 jours sur 7 par téléphone ou tchat. Appel anonyme et gratuit. Pour les
professionnels et personnes accueillies
• Cellule nationale de soutien psychologique COVID-19 : Aide pour la population française
en détresse psychologique pendant l’épidémie et le confinement : 0 800 130 000 (24h/24)
• Croix-Rouge écoute : Service de soutien par téléphone (solitude, dépression, violence,
addictions...) : 0 800 858 858 (24h/24)
• Drogues info service au 0 800 23 13 13 (de 8h à 2h) ; ou https://www.drogues-info-service.fr/
• Alcool info service au 0 980 980 930 (de 8h à 2h) ; ou https://www.alcool-info-service.fr/
• Une écoute personnalisée et des réponses adaptées sur le territoire via des liens avec les acteurs
de première ligne en addictologie (CSAPA, CAARUD, etc.).
• Soit les professionnels ont déjà des liens avec une structure ressource en addictologie,
• soit ils se réfèrent à l’annuaire : https://www.drogues-info-service.fr/Adresses-utiles
• soit ils contactent par mail : soutien.covid19@federationaddiction.fr pour connaître la
structure de soins en addictologie disponible sur leur territoire (site mis à jour) qui pourra
notamment apporter un soutien aux professionnels et une aide à la résolution des situations
complexes concernant l’accompagnement des résidents et un accompagnement à la mise
en place de stratègies de réduction des risques (alcool et autres substances…)