" Un goût pour l’engagement dès le plus jeune âge " - Témoignage d'Eléonore BLEUZEN (Sage-femme libérale)

Un goût pour l’engagement dès le plus jeune âge

Par Eléonore Bleuzen, Sage-femme libérale à Paris

 

L’engagement bénévole a toujours été ancré dans mon esprit grâce à des parents m’ayant inculqué les valeurs de solidarité et d’entraide. D’ailleurs toutes mes activités extra-scolaires (sport, musique…) étaient organisées par des associations au sein desquelles je pouvais moi-même prendre part, ce qui m'a permis de découvrir l'engagement bénévole très rapidement. Je me suis tournée vers l’association locale de mon école de sages-femmes dès le concours obtenu, car j’avais rencontré des bénévoles lors de ma PACES.

Très vite, j’ai été chargée d'organiser les évènements d'animation pour l’école, ainsi que des projets de santé publique et de solidarité. En effet, la formation de sage-femme permettait de nombreuses collaborations avec des structures existantes sur différents aspects : prévention contre le cancer du sein avec des événements liés à Octobre Rose, participation au Téléthon, ou encore l’organisation d’actions pour le Sid’Action. D’autres projets étaient en lien avec des actions humanitaires, ou sur le thème de l’éducation à la vie affective et sexuelle. La diversité des actions et des projets me suffisait pour ne pas aller chercher un autre engagement au sein d’association humanitaire ou de solidarité.

Devenant par la suite présidente de l’association locale, j’ai pu poursuivre ces actions mais aussi découvrir de nouvelles responsabilités dans un contexte particulier de grève nationale des sages-femmes. En tant que porte-parole des étudiants sages-femmes à Nantes, j’ai passé pratiquement neuf mois de grève à expliquer et défendre la demande de refonte des décrets de périnatalité, la création du statut de l’étudiant hospitalier en maïeutique, l’intégration universitaire de la formation, et la possibilité d'accéder à un statut PH pour les sages-femmes.

A cette occasion, j’ai compris l’enjeu que pouvait représenter la reconnaissance de notre profession auprès des autres professionnels de santé, des institutionnels et du grand public. J’ai donc poursuivi mon engagement au bureau national de l’Association nationale des étudiants sages-femmes (Anesf) en tant que vice-présidente puis présidente. J’étais déterminée à contribuer à l’amélioration et à la valorisation des études de sage-femme, tant dans l’ingénierie pédagogique que pour le bien être des étudiants.

Cet engagement pour ma profession, n’a jamais eu vocation à satisfaire des attentes professionnelles futures ou à devenir une forme de faire-valoir. Il a en revanche bousculé la vision que j’avais de la profession, principalement dans les attentes que je pouvais avoir et m’a permis d’être une professionnelle de santé certainement plus éclairée sur le fonctionnement du système de santé.

 

« L’Anesf a donc été ma vie au sens propre »

 

En tant que présidente de l’Anesf, j’ai été engagée à temps plein, mettant ainsi entre parenthèses mes études. Cette présence à Paris au quotidien m’a permis d’assister à l’ensemble des rendez-vous institutionnels en lien avec la formation et la profession.

Très vite, j’ai été submergée par les nombreux mails, tous aussi importants les uns que les autres, de la part des institutions, des organisations professionnelles de sage-femme, des associations locales d'étudiants sages-femmes ou des directrices d’école.

Il a fallu également prendre en cours certaines négociations autour de la Grande Conférence de la Santé, de la rédaction d’un décret concernant le statut hospitalier de l’étudiant en maïeutique ou encore les concertations sur l’accès au statut de sage-femme enseignante. Nous avons également construit les orientations politiques du mandat et commencer à préparer très activement les Journées Nationales des Etudiants Sages-Femmes (logistique, plan de trésorerie, planning de formations, tables rondes, animation…).

L’emploi du temps s’est ainsi rempli assez rapidement, confortant mon choix d’avoir arrêté mes études pour exercer ces fonctions à temps plein. J’ai dû également rencontrer assez vite les étudiants sages-femmes de nos 33 associations adhérentes dans différentes villes de France avec l’aide des membres de mon bureau qui eux devaient s’organiser entre leurs cours et leurs stages.

Face à la charge de travail, j’ai ainsi délaissé ma vie antérieure pour uniquement me consacrer à mon engagement. L’Anesf a donc été ma vie au sens propre. J’ai réussi à trouver mon rythme, à avoir un point de vue global sur l’ensemble de la structure et à orienter nos choix en fonction de ce que je pensais être le meilleur pour les étudiants, après avis du bureau et du conseil d’administration.

C’est également durant cette expérience nationale que j’ai pu découvrir le monde des syndicats professionnels de notre profession. J’ai alors vite été déçue par le manque d’organisation, de professionnalisme et la place que pouvaient prendre les conflits personnels.

Tous ces éléments m’ont rapidement convaincue qu’un seul mandat de présidence ne suffirait pas pour satisfaire les objectifs fixés, et pouvoir concrétiser les projets entamés. Je me suis donc présentée pour un deuxième mandat.

 

Un parcours valorisé au cours de ma recherche d’emploi

 

Mon engagement s’est ressenti dans la maturité que j’ai acquise avec ces deux années d’interruption d’études. Après la reprise, certaines sages-femmes rencontrées pendant ma dernière année me l’ont parfois fait remarquer, et je ne me sentais plus réellement comme étudiante dans les rapports entretenus mais bien future collègue, ce qui était très appréciable.

J’ai également valorisé ce parcours, en faisant de l’engagement étudiant mon sujet de mémoire de fin d’étude. A la fois pour essayer de changer la perception des encadrants des écoles de sages-femmes sur les étudiants engagés, mais également pour porter à la connaissance de ceux qui le souhaitent, les impacts positifs de l’engagement étudiant, autant en terme de bien-être que dans leur vie professionnelle future, notamment par l’impact que représentent les compétences informelles acquises.

Enfin, une fois diplômée, c’est un parcours que je n’ai cessé de valoriser durant ma recherche d’emploi. Certains recruteurs ont mis en avant cet engagement, considérant que l’ouverture d’esprit, la connaissance concrète du fonctionnement des instances ou encore l’investissement au sein de la structure étaient des atouts dans l’exercice de la profession.

 

Accepter d’apprendre et de faire évoluer ma pratique professionnelle au fil du temps

 

L’impact de cet engagement est au final très positif dans l’exercice professionnel. J’ai pris beaucoup de recul sur le métier que j’allais exercer et la manière d’appréhender le début de la vie professionnelle dès mon retour aux études. Le vécu de cette dernière année d’études a été finalement plutôt bon pour moi, là où d’autres étudiants pouvaient ressentir une forme de lassitude des années d’études successives ou encore de la politique de l’école.

L’engagement a également eu un impact positif sur ma capacité de travailler en équipe à l’hôpital à la fois dans les relations humaines mais aussi dans l’organisation des tâches dans les moments de tension. Ces compétences organisationnelles ont aussi été un réel atout pour mon installation en libéral.

Enfin, l’engagement durant ces années m’a permis de conserver la volonté de m’informer sur les évolutions de la profession et des recommandations médicales mais aussi d’accepter d’apprendre et de faire évoluer ma pratique professionnelle au fil du temps, me permettant d’exercer plus sereinement au quotidien.